Dans le cadre de la case documentaire « outremer.ledoc », "Guadeloupe, graines d’avenir" sera diffusé le lundi 2 mars à 00h00 sur France 3, et disponible sur france.tv (Horaire Métropole, ndlr). Écrit et réalisé par Sophie Vernet, et produit par Docland Yard, ce film de 52 minutes met en lumière deux trajectoires féminines engagées au service de la terre guadeloupéenne.
En Guadeloupe, Naomi, reconnue comme l’une des meilleures chocolatières au monde, et Natacha, agricultrice en reconversion, ont entrepris un pari audacieux : relancer des cultures patrimoniales longtemps délaissées. Leur ambition commune est claire : redonner à l’archipel une souveraineté agricole fondée sur la qualité, la durabilité et la valorisation des savoir-faire ancestraux.
Pendant plusieurs années, Naomi a sillonné l’île à pied afin d’identifier et de collecter des semences historiques. Natacha, de son côté, a réhabilité la parcelle forestière héritée de ses grands-parents. Ensemble, elles replantent des arbres fruitiers, des cacaoyers et des vanilliers issus de variétés locales oubliées, contribuant à la restauration des écosystèmes et à la préservation de la biodiversité.
Produire autrement, malgré l’héritage du chlordécone
Le documentaire rappelle le contexte sanitaire et environnemental lourd qui pèse encore sur le territoire. Le chlordécone, pesticide massivement utilisé entre 1972 et 1993 dans les bananeraies, a durablement contaminé les sols et les eaux, provoquant de graves conséquences sanitaires. C’est donc dans des zones épargnées par cette pollution que Naomi et Natacha cultivent cabosses et gousses, transformées ensuite en chocolat et en vanille 100 % guadeloupéens.
Face à la concurrence des produits importés, elles développent des filières locales positionnées sur le segment du luxe. En collaborant avec des chefs cuisiniers et des épiceries fines de l’île, elles participent à l’essor d’une économie touristique haut de gamme tout en favorisant une économie circulaire : les revenus générés sont réinvestis localement, soutenant ainsi l’emploi et la structuration d’un tissu productif durable.
Au-delà de la performance économique, leur démarche est aussi mémorielle et pédagogique. Les cultures patrimoniales qu’elles remettent en lumière trouvent leurs racines dans l’histoire des plantations esclavagistes. Après l’abolition de l’esclavage en 1794, nombre de ces cultures exigeantes en main-d’œuvre ont été abandonnées au profit de monocultures comme la canne à sucre, puis la banane.
Conscientes de cet héritage, Naomi et Natacha souhaitent transmettre cette histoire, aussi douloureuse soit-elle, afin d’en faire un levier de reconstruction identitaire et de projection vers l’avenir. Leur modèle agricole, moins intensif et plus diversifié que les systèmes dominants, ouvre des perspectives nouvelles à une jeunesse confrontée au chômage et à l’exode.
En partageant leur expérience avec des étudiants et de jeunes agriculteurs, les deux pionnières entendent susciter des vocations et démontrer qu’un autre modèle est possible : une agriculture durable, ancrée dans le territoire, créatrice de valeur et porteuse d’espoir. À travers leurs parcours, « Guadeloupe, graines d’avenir » dresse le portrait d’une génération qui choisit de cultiver l’avenir en réconciliant mémoire, écologie et développement économique.














