Hier, au MOCA, la Région Réunion a officiellement signé son Contrat de Filière Numérique 2026–2028, un document stratégique structurant qui fixe la feuille de route du territoire pour les trois prochaines années.
Objectif affiché : faire du numérique un levier central de développement économique, social et environnemental, et positionner La Réunion comme un acteur de référence dans son bassin géographique.
Porté politiquement par la présidente Huguette Bello, ce contrat marque une nouvelle étape dans la structuration d’une filière déjà dynamique mais confrontée à des défis majeurs.
Une filière stratégique, entre maturité et fragilités
À La Réunion, le numérique représente aujourd’hui environ 1 500 entreprises, plus de 3 500 emplois et près de 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel. Chaque année, près de 600 offres d’emploi sont générées par le secteur, révélant à la fois son dynamisme et les tensions persistantes sur les compétences.
Avec un taux de couverture très haut débit atteignant 96% du territoire, l’île dispose d’infrastructures solides, atout déterminant dans un contexte insulaire marqué par l’éloignement géographique. Le numérique irrigue désormais l’ensemble des politiques publiques et des secteurs stratégiques : tourisme, énergie, santé, services publics ou encore innovation entrepreneuriale.
Mais derrière ces indicateurs encourageants subsistent des fragilités :
- une partie de la population reste éloignée des usages numériques ;
- de nombreuses TPE/PME n’ont pas achevé leur transformation digitale ;
- les enjeux environnementaux, de cybersécurité et de gouvernance des données s’intensifient ;
- l’intelligence artificielle impose de nouveaux défis en matière de compétences et d’éthique.
Le Contrat de Filière Numérique 2026–2028 vise précisément à apporter une réponse globale et coordonnée à ces enjeux.
Une souveraineté numérique devenue stratégique
Au-delà des enjeux économiques et sociaux, la question des infrastructures critiques s’impose désormais comme centrale. Dans un contexte géopolitique international marqué par de fortes incertitudes, la sécurisation des connexions extérieures de l’île n’est plus un simple enjeu de performance technologique.
L’installation d’un nouveau câble sous-marin apparaît aujourd’hui comme une nécessité stratégique. Il ne s’agit plus d’un confort, mais d’un enjeu de sécurité nationale et régionale. Pour un territoire insulaire, la continuité et l’indépendance des liaisons numériques vers l’extérieur conditionnent l’activité économique, l’accès aux services essentiels, la gestion des crises et la souveraineté des données.
Assurer l’indépendance et la résilience de ce lien vers le monde constitue ainsi une condition sine qua non pour que La Réunion reste « maîtresse de son destin » au cours des vingt prochaines années. Cette dimension vient renforcer la portée stratégique du Contrat de Filière Numérique, qui s’inscrit dans une logique plus large de souveraineté technologique.
Une démarche de co-construction inédite
Élaboré entre mars 2024 et avril 2025, le contrat est le fruit d’une large concertation associant entreprises du numérique, organismes de formation, réseaux professionnels, structures d’inclusion, collectivités et services de l’État.
Cinq comités de filière, complétés par des groupes de travail thématiques, ont permis de transformer les constats en neuf fiches-actions opérationnelles, structurées autour de quatre axes stratégiques.
Cette méthode entend garantir à la fois l’adhésion des acteurs et la faisabilité concrète des engagements.
Quatre axes pour structurer la transformation numérique
1. Un numérique au service d’une société solidaire et inclusive
Premier pilier : réduire la fracture numérique.
Parmi les objectifs phares :
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Accompagner 10 000 usagers vers l’autonomie numérique, notamment via des dispositifs de médiation renforcés et le recours au matériel reconditionné.
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Rendre accessibles l’ensemble des sites publics locaux, avec une attention particulière portée à l’ergonomie et à l’accessibilité universelle.
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Harmoniser et adapter l’offre de formation aux besoins réels des entreprises, notamment dans les domaines en tension : data, intelligence artificielle et cybersécurité.
L’enjeu est clair : éviter que la dématérialisation ne devienne un facteur d’exclusion.
2. Le numérique comme levier du développement économique
Deuxième axe : faire du digital un moteur de compétitivité.
La Région ambitionne d’accompagner 8 000 TPE/PME dans leur transformation numérique, en s’appuyant sur des dispositifs existants renforcés et une montée en compétences des dirigeants.
Un label « 100 % numérique » devrait valoriser les entreprises engagées dans une démarche structurée.
Autre ambition forte : structurer ou accueillir un salon régional du numérique à portée internationale, afin d’accroître la visibilité de l’écosystème réunionnais et de renforcer son attractivité dans l’océan Indien.
3. Un numérique écoresponsable et résilient
Dans un territoire insulaire particulièrement exposé aux contraintes environnementales, le numérique doit également s’inscrire dans une trajectoire durable.
Le contrat prévoit l’élaboration d’une stratégie régionale de numérique écoresponsable, intégrant :
- la réduction de l’empreinte environnementale des infrastructures ;
- le réemploi et le reconditionnement des équipements ;
- l’intégration des enjeux écologiques dès la conception des projets.
Il s’agit de concilier innovation technologique et transition écologique, dans une logique de résilience territoriale.
4. Maîtriser la donnée et l’intelligence artificielle
Dernier axe, et non des moindres : positionner La Réunion comme un territoire de confiance en matière de data et d’IA.
Plusieurs actions structurantes sont prévues :
- le déploiement de démonstrateurs IA ;
- l’acculturation du grand public aux usages de l’intelligence artificielle ;
- l’expérimentation de solutions sectorielles, comme un chatbot touristique ;
- la création d’un comité régional de la donnée et de l’intelligence artificielle ;
- la structuration d’un data hub territorial de confiance, destiné à mutualiser et sécuriser les données d’intérêt général.
L’objectif est double : stimuler l’innovation tout en garantissant sécurité, éthique et souveraineté.
Une gouvernance structurée et évaluée
Le pilotage stratégique est assuré par la Région, en cohérence avec sa Stratégie Régionale Numérique et sa politique « La Nouvelle Économie ».
Le Comité de Filière Numérique constitue l’instance centrale de suivi. Chaque fiche-action dispose d’un pilotage identifié, associant des partenaires tels que Digital Réunion, Solidarnum, la Régie Réunion THD ou encore La Réunion Développement.
Un dispositif d’évaluation continue, appuyé par le renforcement de l’Observatoire régional du numérique, permettra de mesurer l’impact réel des actions engagées sur la période 2026–2028.
Une ambition affirmée : ne pas subir la révolution numérique
Au-delà des chiffres et des dispositifs, ce contrat traduit une volonté politique claire : ne pas subir la transformation numérique mais la maîtriser.
Pour La Réunion, l’enjeu dépasse la seule modernisation technologique. Il s’agit d’engager une mutation de modèle économique, de créer de la valeur localement, de renforcer la cohésion sociale, de consolider sa souveraineté numérique et d’inscrire durablement le territoire dans les dynamiques régionales et internationales.
Avec ce Contrat de Filière Numérique 2026–2028, la Région entend faire du numérique non pas une fin en soi, mais un outil stratégique au service du développement global de l’île et de son indépendance technologique à long terme.














