Comment construire une Martinique plus autonome, plus solidaire et mieux préparée aux bouleversements contemporains ? C'est la question centrale à laquelle tente de répondre le Manifeste pour une politique de la santé commune et de la robustesse en Martinique, un essai collectif de 130 pages publié aux éditions Jets d'Encre.
À travers cet ouvrage, ses cinq auteurs dressent le constat d'une interdépendance croissante entre les différentes crises qui affectent le territoire martiniquais. Les problématiques sanitaires, les pressions environnementales, les difficultés économiques et les fractures sociales ne peuvent, selon eux, être abordées indépendamment les unes des autres.
La dégradation des écosystèmes, les enjeux liés à la qualité de l'eau, à l'alimentation et à la préservation des sols participent notamment d'une réflexion plus large sur la santé des populations et leur cadre de vie.
Les auteurs interrogent également les limites d'un modèle économique privilégiant la recherche permanente de productivité et la réduction des coûts, susceptible, à leurs yeux, d'accentuer les dépendances et les vulnérabilités du territoire.
La santé commune et la robustesse comme nouveaux modèles
Au cœur de leur réflexion figure une notion essentielle : celle de la « robustesse », entendue comme la capacité d'un territoire et de sa population à résister aux crises, à s'adapter aux transformations et à préserver durablement leurs conditions de vie.
Plutôt que de rechercher uniquement la performance économique, les auteurs plaident pour une organisation de la société davantage tournée vers la coopération, la prévention et la valorisation des ressources locales.
Cette démarche repose sur une conception élargie de la santé, qui ne se limite pas à l'accès aux soins médicaux, mais englobe également les conditions sociales, environnementales et économiques nécessaires au bien-être collectif.
L'ouvrage défend ainsi une approche transversale associant l'alimentation, l'eau, l'énergie, l'éducation, l'environnement, l'économie et la gouvernance.
L'ambition affichée est de dépasser les politiques sectorielles pour favoriser des décisions publiques tenant compte des interactions entre ces différents domaines.
Cinq auteurs aux parcours complémentaires
Pour développer cette vision, le manifeste réunit cinq personnalités issues des secteurs médical, éducatif, politique et associatif.
Sandrine Pierre-François, médecin infectiologue au CHU de Martinique et vice-présidente de One Health Martinique, défend une conception collective et durable de la santé, attentive aux relations entre les populations, leur environnement et les différentes formes du vivant.
Élisabeth Landi, professeure d'histoire en classes préparatoires au lycée de Bellevue, à Fort-de-France, est notamment l'autrice de An ti Pompom à Foyal. La grammaire décoloniale d'Aimé Césaire. Ses travaux portent sur les questions de mémoire, de transmission et de pensée décoloniale.
Patrick René-Corail, médecin spécialiste en médecine physique et réadaptation et médecin du sport au CHU de Martinique, apporte son expérience de la médecine de parcours, de la médiation et du management hospitalier. Son approche privilégie une vision globale du soin et des besoins des patients.
Valérie Stagnetto-Servier, issue du monde de l'entreprise et du management, mobilise son expérience au service d'initiatives associatives et éducatives, en privilégiant les démarches coopératives.
Enfin, Johnny Hajjar, enseignant de formation, titulaire d'un master en sciences politiques, ancien élu local et député, inscrit sa contribution dans une réflexion sur la justice sociale, l'intérêt général et la préservation du vivant.
Leurs parcours complémentaires permettent d'aborder les enjeux martiniquais sous différents angles, avec une ambition commune : favoriser une transformation durable des politiques publiques et des pratiques collectives.
Des pistes concrètes pour imaginer une Martinique plus résiliente
Au-delà de l'analyse des difficultés rencontrées par le territoire, le manifeste entend proposer des perspectives d'action.
Les auteurs imaginent notamment une Martinique dans laquelle les établissements scolaires participeraient davantage à l'éducation alimentaire, les infrastructures de santé bénéficieraient d'une politique de prévention renforcée et les écosystèmes naturels joueraient pleinement leur rôle dans la protection des populations.
La valorisation des productions locales, le développement de solutions énergétiques adaptées au climat et une participation citoyenne accrue aux décisions publiques figurent également parmi les orientations évoquées.
Cette vision accorde une place importante aux savoirs locaux, aux solidarités de proximité et aux capacités d'initiative des habitants.
Préfacé par Olivier Hamant, le manifeste cherche ainsi à ouvrir un débat sur les conditions d'un développement moins dépendant des logiques de performance et davantage orienté vers la durabilité, l'autonomie et la qualité de vie.
À travers cette publication, les cinq auteurs invitent les acteurs institutionnels, économiques, associatifs et les citoyens à repenser collectivement l'avenir de la Martinique, en plaçant la santé commune et la préservation du vivant au centre des priorités.
Un ouvrage disponible en librairie
Publié aux éditions Jets d'Encre, Manifeste pour une politique de la santé commune et de la robustesse en Martinique est un essai de 130 pages, proposé au prix de 16,30 euros.
L'ouvrage est disponible en librairie ainsi que sur le site officiel de l'éditeur, www.jetsdencre.fr.






