À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, France 3 et les plateformes numériques de France Télévisions (La 1ère et france.tv) proposent, le lundi 9 mars à 23h35 (Date et Horaire Métropole, ndlr), un documentaire consacré à une figure méconnue mais majeure du féminisme ultramarin et hexagonal : Jacqueline Manicom.
Écrit et réalisé par Martine Delumeau, ce film diffusé dans la case outremer.ledoc ambitionne de réinscrire son nom dans l’histoire nationale.
Une pionnière effacée du récit national
Sage-femme, autrice, militante féministe, Jacqueline Manicom fut cofondatrice du premier centre de planning familial des Outre-mer en 1964. Engagée au sein du Mouvement de libération des femmes (MLF) et membre du secrétariat national de l’association Choisir la cause des femmes, elle a œuvré sans relâche pour les droits sexuels et reproductifs.
Proche de figures historiques telles que Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi, Jacqueline Manicom participe activement aux combats féministes des années 1960 et 1970. En 1972, elle intervient comme témoin de moralité lors du retentissant Procès de Bobigny, plaidant pour le droit à l’avortement à une époque où l’IVG demeure illégale.
Pourtant, malgré l’ampleur de son engagement, son nom reste largement absent des manuels d’histoire.
Une vocation née de l’intime
Originaire de Guadeloupe, Jacqueline Manicom grandit dans une famille modeste, marquée par les vingt grossesses de sa mère en l’espace de vingt ans, dont dix enfants ne survivront pas. Aînée d’une fratrie nombreuse, elle renonce à son rêve de devenir médecin pour assumer très tôt des responsabilités familiales.
Elle choisit alors de devenir sage-femme. En 1958, elle obtient son premier poste à l’hôpital Bichat, en région parisienne. Au cours de sa carrière, elle mettra au monde plus de six mille enfants. Mais son engagement dépasse rapidement le strict cadre médical.
À Paris, une grossesse hors mariage avec un interne se solde par un divorce imposé par sa belle-famille. Ce qu’elle identifie comme une expérience de racisme et de rejet social laissera une empreinte durable et nourrira sa détermination.
Un combat global pour l’émancipation
De retour en Guadeloupe, Jacqueline Manicom transforme son indignation en action. En fondant le premier centre de planning familial des Outre-mer, elle s’attaque à un enjeu crucial : l’accès à la contraception et à l’information. Mais pour elle, la bataille pour l’IVG ne constitue que la partie émergée d’un combat plus large.
Elle dénonce les violences symboliques et institutionnelles subies par les femmes, en particulier dans le système médical. Dans ses ouvrages, Mon examen de Blanc et La Graine : journal d’une sage-femme, elle met en lumière les carences de la prise en charge obstétricale et la souffrance des parturientes, articulant expérience professionnelle et analyse politique.
Remariée à un professeur agrégé de philosophie, elle fréquente les cercles intellectuels et militants parisiens, tout en conservant un ancrage fort dans les réalités ultramarines.
Une reconnaissance tardive
Malgré une trajectoire exceptionnelle, Jacqueline Manicom ne bénéficiera jamais d’une reconnaissance institutionnelle à la hauteur de son engagement. Femme, ultramarine, issue d’un milieu modeste, elle incarne l’intersection de plusieurs formes de marginalisation. Elle met fin à ses jours le 22 avril 1976, laissant derrière elle une œuvre et un héritage militant considérables.
Près d’un demi-siècle plus tard, le documentaire de Martine Delumeau fait entendre sa voix à travers des archives et les témoignages de ses proches et de personnalités publiques, parmi lesquelles la journaliste et écrivaine Claude Servan-Schreiber et le médecin et homme politique Jacques Bangou.
Le documentaire sera aussi diffusé ce mercredi à 20h50 sur Martinique la 1ère, ce dimanche dès 08h35 sur Réunion La 1ère.














