Près de deux siècles après le début de l'histoire de la Maison Isautier, le groupe familial réunionnais ouvre un nouveau chapitre avec Bérive. Installée sur les hauteurs du Sud de l'île, entre Saint-Pierre et Le Tampon, cette nouvelle distillerie agricole est l'aboutissement de sept années de travail.
Le projet va cependant bien au-delà de la création d'un nouveau site de production. Bérive a été conçue comme un véritable outil de création, de recherche et d'expérimentation, capable de réunir au même endroit agriculture, fermentation, distillation et développement de nouveaux produits.
Le domaine prend place au cœur de 230 hectares de terres historiques appartenant à la famille Isautier. L'objectif affiché est de maîtriser chaque étape de l'élaboration des rhums, depuis la culture de la canne jusqu'à la mise en bouteille, tout en mobilisant les compétences du Groupe Isautier et celles de la recherche réunionnaise.
Une canne biologique cultivée à environ 600 mètres d'altitude
Cette maîtrise commence directement dans les champs. À Bérive, 8,5 hectares ont été convertis à l'agriculture biologique par Isautier Agriculture, à environ 600 mètres d'altitude.
Différentes variétés y sont cultivées avant d'être récoltées manuellement à maturité, afin de rechercher une teneur en sucre optimale. Les cannes sont ensuite broyées dès le lendemain sur le domaine.
Mais l'une des principales singularités du projet se situe à une échelle beaucoup plus petite : celle des levures responsables de la fermentation.
Deux années de recherche avec l'Université de La Réunion
Pour développer une véritable signature microbiologique propre à Bérive, Isautier s'est associé à l'antenne Sud du Laboratoire de Chimie et de Biotechnologie des Produits Naturels de l'Université de La Réunion, installée à l'IUT de Saint-Pierre.
Pendant deux ans, des milliers de souches de levures ont été collectées sur différentes espèces végétales présentes sur le domaine. Elles ont ensuite été analysées, notamment par criblage ADN, puis sélectionnées en fonction de leurs propriétés alcooliques et aromatiques.
Cette démarche doit permettre d'associer différentes variétés de cannes à des souches de levures indigènes, et ainsi de multiplier les possibilités de création. Pour Isautier, le terroir de Bérive ne se limite donc plus au sol, au climat, à l'altitude ou à la variété de canne : il englobe également la biodiversité microscopique du domaine.
Isautier revendique un « rhum propriétaire » de La Réunion
C'est précisément cette combinaison que la Maison Isautier présente comme la base d'un « rhum propriétaire », intimement associé à Bérive et difficilement reproductible à l'identique dans un autre environnement.
La distillation constitue l'autre maillon essentiel du dispositif. La nouvelle installation est équipée de deux alambics hybrides en cuivre, offrant plusieurs possibilités de travail.
Ils permettent notamment de réaliser des distillations simples à chauffe douce et à coulage lent, destinées à rechercher finesse et précision, mais également des doubles distillations visant davantage de profondeur. Les équipes pourront ensuite travailler sur l'assemblage des différents lots afin de créer les profils recherchés.
Une première cuvée limitée à seulement 1 000 bouteilles
La première concrétisation commerciale de ce projet sera particulièrement confidentielle.
La première cuvée 2025 du rhum blanc de Bérive a été élaborée à partir de la canne à sucre « Mauve des Hauts R577 ». Les levures indigènes utilisées ont, elles, été prélevées sur un arbre à sapote et un bananier présents sur le domaine.
Embouteillé à 56°, ce premier rhum sera produit à seulement 1 000 exemplaires.
Les bouteilles seront proposées à partir de novembre 2026 à La Réunion, avant une commercialisation dans l'Hexagone prévue en mars 2027. Le prix de vente conseillé est fixé à 60 euros.
Une bouteille inspirée d'un flacon Isautier du XIXe siècle
Le travail réalisé autour de Bérive se prolonge jusque dans son conditionnement. La silhouette de la bouteille s'inspire ainsi d'un ancien flacon « Veuve Isautier & Fils » datant de la fin du XIXe siècle.
Cette référence au patrimoine familial a été réinterprétée avec une approche contemporaine : la bouteille reçoit notamment une étiquette en fibre de canne ainsi qu'un bouchon vissé permettant sa réutilisation.
Chaque exemplaire sera par ailleurs rempli, étiqueté et scellé à la main, renforçant le positionnement artisanal et patrimonial de cette première production.
Un investissement de 4,2 millions d'euros
Bérive représente également un investissement industriel et patrimonial conséquent pour le Groupe Isautier.
Les bâtiments historiques d'Isautier Agriculture, anciennement SCAB – Société Civile Agricole de Bérive, ont été restaurés puis complétés afin d'accueillir la nouvelle distillerie. Les opérations ont été conduites par Isautier Patrimoine & Promotion.
Au total, le projet représente un investissement de 4,2 millions d'euros, soutenu par la Région Réunion, l'État et l'Union européenne.
À travers cette opération, le groupe ambitionne de développer sur le territoire de nouvelles connaissances, de nouveaux savoir-faire et davantage de valeur ajoutée locale.
Bérive doit également devenir un nouveau lieu de spiritourisme
La vocation du domaine ne sera pas exclusivement agricole et industrielle. Déjà engagé dans le spiritourisme avec La Saga du Rhum, Isautier souhaite transformer Bérive en une nouvelle destination de découverte dans le Sud de La Réunion.
À partir de 2027, la distillerie a vocation à ouvrir ses portes au public, avec une expérience présentée comme technique, ludique et presque scientifique. Les visiteurs devraient ainsi pouvoir mieux comprendre le rôle de la canne, des levures, de la fermentation et de la distillation dans la création des rhums.
Le développement du site doit se poursuivre au-delà de cette ouverture. La maison historique de Bérive, présente dans le patrimoine familial depuis cent ans en 2026, doit également être restaurée.
À plus long terme, le domaine porte même une ambition hôtelière.
Agriculture, industrie, science, patrimoine et tourisme doivent ainsi se rencontrer sur un même site, avec l'ambition de faire de Bérive une vitrine de ce qu'Isautier qualifie d'« Excellence tropicale » réunionnaise.
« Créer ici de la connaissance, de la valeur et de la fierté »
Pour Cyril Isautier, directeur général du Groupe Isautier, l'inauguration vient concrétiser un projet de longue haleine. Il souligne notamment la volonté du groupe d'aller jusqu'à la maîtrise des levures présentes sur le domaine et de s'appuyer sur les compétences disponibles à La Réunion.
L'objectif revendiqué est double : créer localement de la connaissance et de la valeur, tout en donnant aux rhums réunionnais une visibilité accrue au-delà du territoire.
Avec Bérive, la Maison Isautier cherche ainsi à associer héritage familial, agriculture biologique, recherche scientifique et maîtrise technique. Un projet qui entend explorer de nouvelles expressions du rhum réunionnais tout en renforçant l'ancrage local de sa production.








