Au lendemain de la présentation du projet de loi de finances (PLF) pour 2027, le ton monte du côté de Canal+. Le groupe audiovisuel a publié, jeudi 1er octobre 2026, un communiqué particulièrement ferme pour dénoncer le projet gouvernemental de modification du régime de TVA applicable aux abonnements de télévision.
Présenté en Conseil des ministres le 1er octobre, le PLF 2027 doit désormais poursuivre son parcours parlementaire. Les dispositions qu'il contient restent donc susceptibles d'être modifiées au cours des débats avant l'adoption définitive du budget.
Un passage de 10 % à 20 % dans l'Hexagone
Selon Canal+, la proposition gouvernementale conduirait à doubler le taux de TVA applicable aux abonnements de télévision, de 10 % à 20 % en France hexagonale. Le groupe affirme également que le taux serait quadruplé dans les territoires d'Outre-mer.
Une perspective particulièrement sensible pour l'entreprise, qui commercialise ses offres aussi bien dans l'Hexagone que dans plusieurs territoires ultramarins.
Canal+ rappelle par ailleurs que cette évolution intervient moins d'un an après la confirmation, selon le groupe, de l'application d'un taux de TVA de 10 % par l'administration fiscale française. La fiscalité des offres Canal+ a fait l'objet ces dernières années d'un différend avec l'administration : celle-ci avait notamment contesté l'application du taux réduit et envisagé l'application du taux normal de 20 % à l'ensemble du chiffre d'affaires concerné, une position combattue par le groupe.
Jusqu'à 200 millions d'euros d'impact par an selon Canal+
Au-delà du principe fiscal, Canal+ alerte surtout sur les conséquences économiques de la mesure. Le groupe estime que son impact négatif sur son chiffre d'affaires et sa marge opérationnelle pourrait atteindre 200 millions d'euros par an. Canal+ affirme parallèlement que les recettes supplémentaires pour l'État représenteraient moins du quart de cette somme. Ces estimations émanent du groupe et devront être distinguées du rendement budgétaire qui sera finalement retenu au cours de l'examen du texte.
Pour Canal+, absorber intégralement une charge d'une telle ampleur sur son marché français ne serait pas envisageable. L'entreprise prévient donc qu'elle serait conduite à adapter ses activités si la disposition était définitivement adoptée.
Les tarifs des abonnements pourraient être affectés
Pour les abonnés, c'est probablement le point le plus sensible. Canal+ prévient explicitement que la réforme aurait un impact sur le tarif de ses abonnements.
Le groupe ne précise cependant, à ce stade, ni le montant d'une éventuelle augmentation ni les offres qui seraient concernées. Il n'annonce donc pas encore de nouvelle grille tarifaire : celle-ci dépendrait notamment de l'adoption définitive du dispositif et des arbitrages réalisés par l'entreprise.
La question revêt une importance particulière en Outre-mer, puisque Canal+ indique que la hausse du taux de TVA prévue par le projet y serait proportionnellement plus importante. Le groupe cite d'ailleurs expressément ses activités ultramarines parmi celles qui devraient être adaptées.
Emploi, cinéma, sport : Canal+ prévient d'un effet en cascade
Les répercussions pourraient, selon l'entreprise, dépasser largement la facture des abonnés. Canal+ évoque également des conséquences potentielles sur ses effectifs ainsi que sur ses contributions financières au cinéma, au sport et, plus largement, à la création.
Le sujet est particulièrement stratégique pour l'écosystème audiovisuel français. Le groupe occupe une place importante dans le financement et la diffusion des œuvres cinématographiques et audiovisuelles, tandis que ses investissements dans les droits sportifs constituent également une composante majeure de son activité.
Le cinéma français s'est notamment inquiété des conséquences que pourrait entraîner la mesure sur son financement. Des préoccupations ont également été exprimées dans le monde du rugby, selon Canal+.
Canal+ menace d'accélérer encore son développement international
Le bras de fer fiscal intervient alors que Canal+ poursuit depuis plusieurs années une transformation profonde de son modèle, avec une présence internationale devenue déterminante dans sa stratégie.
Le groupe indique aujourd'hui être implanté dans près de 70 pays et prévient que la nouvelle fiscalité envisagée pourrait l'amener à accélérer davantage son développement hors de France.
La France reste néanmoins son marché historique, ce qui explique la virulence de sa réaction à la proposition gouvernementale.
Dans son communiqué, Canal+ qualifie ainsi la réforme d'« attaque directe » contre ses activités françaises. Cette formulation constitue la position du groupe et non une qualification établie des intentions du Gouvernement. Celui-ci inscrit plus largement le PLF 2027 dans une stratégie de redressement des comptes publics.
Une bataille qui va désormais se poursuivre au Parlement
À ce stade, la hausse n'est donc pas encore définitivement applicable aux abonnés. Le projet de loi de finances doit être examiné par le Parlement, où les dispositions fiscales peuvent faire l'objet d'amendements, de modifications ou de suppressions avant l'adoption définitive du texte.
Canal+ annonce de son côté son intention de défendre ses arguments auprès des pouvoirs publics. Le groupe entend notamment mettre en avant les conséquences potentielles de la réforme pour ses abonnés, ses salariés et ses partenaires, mais aussi pour le financement de la création française et européenne.
Pour les abonnés de Canal+ dans l'Hexagone comme en Outre-mer, l'enjeu des prochaines semaines sera donc de savoir sous quelle forme cette disposition ressortira des débats budgétaires. Une adoption en l'état ouvrirait ensuite une seconde question déterminante : quelle part de cette hausse fiscale Canal+ déciderait-il de répercuter sur le prix payé par ses clients ?







