En Guyane, derrière les paysages, la diversité culturelle et la jeunesse de la population se cachent aussi des fragilités souvent difficiles à exprimer. Plus d’une tentative de suicide sur deux sur le territoire concerne ainsi un jeune de moins de 25 ans, selon les données citées par la production du documentaire.
C'est précisément derrière cette statistique que Katia Chapoutier a choisi d'aller. Pendant 70 minutes, "Les maux derrière les silences" ne se contente pas d'évoquer la souffrance psychique à travers des chiffres : le film donne un visage et surtout une voix à celles et ceux qui l'ont vécue.
Cinq jeunes Guyanais racontent leur parcours
Au cœur du documentaire figurent Quency, Brielina, Riddick, Matilda et Jerson, cinq jeunes âgés de 19 à 23 ans. Leurs histoires sont différentes, mais elles témoignent toutes de périodes au cours desquelles leur équilibre a été profondément fragilisé.
Violences, solitude, déracinement, difficultés familiales, quête identitaire ou blessures intimes jalonnent leurs témoignages. Autant d'épreuves auxquelles peuvent venir s'ajouter les difficultés sociales et géographiques propres à certains secteurs de la Guyane.
Le documentaire s'intéresse notamment à la difficulté de mettre des mots sur ces souffrances. Dans des environnements où les héritages familiaux et culturels sont multiples, parler de son mal-être peut se heurter au poids des traditions, au regard des proches ou à la peur de s'exposer.
Des violences intrafamiliales aux abus, en passant par les deuils et les traumatismes transmis d'une génération à l'autre, certaines blessures restent alors longtemps silencieuses.
En Guyane, des obstacles supplémentaires dans l'accès aux soins
Les maux derrière les silences replace également ces trajectoires individuelles dans les réalités du territoire guyanais.
L'éloignement géographique de certaines populations, la précarité ou encore les difficultés d'accès aux professionnels de santé peuvent compliquer la prise en charge de la souffrance psychique. Dans certains secteurs, le manque de professionnels et leur rotation régulière constituent également des obstacles à la continuité de l'accompagnement.
Face à cette situation, le documentaire montre comment la prévention peut également se construire au plus près des populations, grâce à des personnes capables d'identifier les fragilités et d'orienter les jeunes vers les dispositifs adaptés.
La santé mentale apparaît ainsi comme une problématique qui dépasse le seul cadre médical. Elle mobilise également les familles, le monde éducatif, les associations, les professionnels de terrain et, plus largement, l'ensemble des acteurs susceptibles de recréer du lien.
Le sport, la culture et les rencontres comme points d'appui
Si le documentaire aborde des parcours particulièrement difficiles, il ne s'arrête pas à la souffrance. Son propos porte aussi sur la reconstruction et sur les ressources qui permettent progressivement de retrouver confiance.
Pour certains jeunes, le déclic peut venir d'une activité sportive. Pour d'autres, d'une pratique artistique, d'un collectif, d'une rencontre ou simplement de la présence d'un adulte disponible pour écouter sans juger.
Ces liens peuvent devenir déterminants. Ils permettent parfois de rompre l'isolement, de retrouver une place au sein d'un groupe et d'envisager à nouveau l'avenir.
Les parcours de Quency, Brielina, Riddick, Matilda et Jerson témoignent ainsi d'une réalité essentielle : une période de grande vulnérabilité ne résume pas une existence. Chacun a progressivement trouvé des ressources, des personnes ou des espaces lui permettant d'avancer et de reprendre confiance.
Des professionnels engagés au plus près de la jeunesse
Katia Chapoutier donne également la parole à celles et ceux qui interviennent quotidiennement auprès des jeunes et des populations les plus vulnérables.
Parmi eux figurent Nessie Torres, monitrice de kayak et animatrice sociale ; Marion Calafatis, infirmière ; Isabelle Niveau, fondatrice du Théâtre de l'Entonnoir ; Boris Houinou Ebo, pédopsychiatre ; et Rémy Pignoux, médecin généraliste intervenant auprès des populations des villages isolés.
Leurs témoignages viennent éclairer le travail réalisé sur le terrain, aux côtés des médiateurs de santé, éducateurs, enseignants, acteurs associatifs et réseaux de sentinelles.
Plusieurs initiatives participent aujourd'hui à cette prévention de proximité : formations aux premiers secours en santé mentale, médiation en santé, réseaux de personnes capables de repérer des situations préoccupantes ou encore accompagnement associatif.
Autant de dispositifs qui reposent sur un principe commun : ne pas attendre que la souffrance atteigne un point critique pour intervenir.
Libérer une parole longtemps retenue
Avec Les maux derrière les silences, outremer.ledoc choisit finalement de raconter la santé mentale à hauteur humaine.
À travers cinq trajectoires, le documentaire montre ce que peuvent dissimuler le silence et l'isolement, mais également la capacité de reconstruction de jeunes qui ont traversé des périodes particulièrement difficiles.
Sans réduire leurs parcours à leurs blessures, le film met en lumière les mécanismes qui permettent de renouer avec les autres et avec soi-même. Une rencontre, une activité, une écoute attentive ou une main tendue peuvent parfois constituer le premier point d'appui vers une reconstruction.
À quelques jours de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée le 10 octobre, le documentaire rappelle ainsi l'importance de créer des espaces dans lesquels la parole peut être entendue et accompagnée.







