À l’occasion du Festival de Cannes, le podcast historique « Zistoir », disponible sur La1ere.fr et l’application La 1ère, consacre une nouvelle série d’épisodes à trois pionnières ultramarines qui ont profondément marqué l’histoire du cinéma et du théâtre français : Sarah Maldoror, Jenny Alpha et Marie-Josèphe Yoyotte. Une plongée sonore dans les trajectoires de femmes engagées, audacieuses et longtemps restées dans l’ombre des récits dominants.
Présenté par la journaliste Cécile Baquey, « Zistoir » poursuit son ambition de faire découvrir les grandes figures historiques des Outre-mer à travers une écriture immersive mêlant archives, témoignages, musiques et reportages. Ce format numérique de cinq épisodes de 30 minutes propose un véritable voyage dans le temps, destiné aussi bien aux passionnés d’histoire qu’aux auditeurs désireux de mieux comprendre la richesse culturelle et mémorielle ultramarine.
Cette nouvelle série s’inscrit dans une volonté de remettre en lumière des personnalités qui ont contribué à façonner le paysage artistique français et international. Trois femmes, trois parcours singuliers, mais un même fil conducteur : celui de la création, de l’engagement et de la transmission.
Sarah Maldoror, pionnière du cinéma décolonial
Figure majeure du cinéma africain et antillais, Sarah Maldoror apparaît comme l’une des grandes voix artistiques des luttes anticoloniales du XXe siècle. Née en 1929 dans le Gers d’un père guadeloupéen, elle construit très tôt une identité artistique nourrie de littérature, de poésie et d’engagement politique.
Arrivée seule à Paris dans les années 1950, elle fréquente les milieux intellectuels de la négritude et la maison d’édition Présence Africaine avant de cofonder La Compagnie des Griots, première troupe théâtrale noire de Paris. Son parcours la conduit ensuite à Moscou où elle étudie le cinéma, avant de participer au tournage du film La Bataille d'Alger.
Au fil d’une carrière internationale, Sarah Maldoror réalise près de quarante œuvres entre fiction et documentaire. Son film Sambizanga, consacré à la lutte pour l’indépendance de l’Angola, demeure aujourd’hui encore une référence majeure du cinéma engagé. Très proche d’Aimé Césaire, auquel elle consacre plusieurs documentaires, la cinéaste laisse derrière elle une œuvre profondément politique et poétique. Décédée en 2020, elle continue d’influencer de nouvelles générations de réalisateurs à travers le monde.
Jenny Alpha, une vie de scène et de résistance
Autre portrait marquant de cette série : celui de Jenny Alpha, immense figure de la culture antillaise. Née en 1910 à Fort-de-France, elle quitte la Martinique à l’âge de 19 ans pour rejoindre Paris, où elle se détourne rapidement de la carrière d’enseignante que lui destinaient ses parents pour embrasser les arts de la scène.
Danseuse, chanteuse, comédienne mais aussi résistante pendant la Seconde Guerre mondiale, Jenny Alpha traverse le siècle avec une remarquable liberté. Proche des intellectuels de la négritude comme Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor ou Léon-Gontran Damas, elle devient une figure incontournable des cabarets parisiens de l’après-guerre.
Sa carrière prend une nouvelle dimension au théâtre avec la création des Les Nègres de Jean Genet en 1960. Elle enchaîne ensuite les rôles au théâtre, au cinéma et à la télévision, collaborant avec de grands noms de la mise en scène et du cinéma français. Jusqu’à un âge très avancé, Jenny Alpha poursuit son activité artistique avec une énergie exceptionnelle. Elle s’éteint en 2010 à l’âge de 100 ans, laissant l’image d’une artiste libre, engagée et profondément moderne.
Marie-Josèphe Yoyotte, l’architecte invisible du cinéma français
Avec Marie-Josèphe Yoyotte, « Zistoir » met également en lumière une profession souvent méconnue du grand public : le montage cinématographique. Née en 1929 près de Lyon, cette fille d’un Martiniquais et d’une Bretonne devient pourtant l’une des plus grandes monteuses de l’histoire du cinéma français.
Sa carrière décolle véritablement avec le documentaire Moi, un Noir de Jean Rouch, œuvre majeure qui influencera durablement la Nouvelle Vague. Son talent attire rapidement l’attention de François Truffaut qui lui confie le montage des Les 400 Coups, récompensé au Festival de Cannes en 1959.
Durant plus de cinquante ans, Marie-Josèphe Yoyotte travaille sur des films devenus cultes, parmi lesquels La Guerre des boutons, La Boum, Diva, Tous les matins du monde ou encore Rue Cases-Nègres. Son immense contribution au cinéma est saluée par trois César du meilleur montage, remportés en 1977, 1996 et 2004.
À travers ces portraits, « Zistoir » rappelle combien les Outre-mer ont contribué à enrichir durablement le cinéma, le théâtre et la création artistique française. Une série documentaire sonore qui conjugue mémoire, transmission et reconnaissance, tout en redonnant une place centrale à des femmes longtemps invisibilisées dans l’histoire culturelle officielle.














