Des rues de Pointe-à-Pitre à celles de La Nouvelle-Orléans, en passant par Argenteuil et Londres, « Pascal Danaë, des racines à Delgres » retrace une trajectoire où l’histoire familiale et la création musicale ne cessent de se répondre.
Écrit par Mariette Monpierre et Éric Basset, réalisé par Mariette Monpierre et produit par Zycopolis Productions, le documentaire s'intéresse à celui qui a fait de Delgres l’une des formations emblématiques d’un blues créole contemporain, nourri par la mémoire antillaise autant que par les sonorités du blues américain.
À travers archives, séquences musicales, rencontres et moments de création, le film cherche surtout à comprendre comment Pascal Danaë a progressivement renoué avec une histoire dont il a longtemps vécu à distance.
De la Guadeloupe à la banlieue parisienne
Né en novembre 1963 et issu d’une famille antillaise, Pascal Danaë grandit en région parisienne, loin de la Guadeloupe. Une singularité traverse son histoire familiale : il est le seul de sa famille à ne pas être né sur l’archipel et celui auquel ses parents ne parlaient pas créole.
Une langue qui occupera pourtant, des décennies plus tard, une place centrale dans sa création.
À Pointe-à-Pitre, le musicien revient notamment sur le départ de son père vers l'Hexagone. Cette absence constitue l’un des fils intimes du documentaire et permet de replacer son parcours dans une histoire plus large, celle des déplacements entre les Antilles et la France hexagonale.
Son enfance et son adolescence sont parallèlement bercées par une grande diversité musicale. Rock, biguine, salsa, jazz et rythmes caribéens participent à la construction de son univers.
À sa majorité, Pascal Danaë envisage déjà une carrière de musicien, mais ne se lance pas immédiatement. Il étudie la musicologie à l’université Paris-VIII-Saint-Denis, avant de devenir professeur de musique.
Manu Katché, Londres et le début d'une nouvelle trajectoire
Un tournant intervient en 1997, lorsqu'une rencontre avec le batteur Manu Katché ouvre à Pascal Danaë les portes d’une nouvelle étape professionnelle.
Direction Londres. Dans la capitale britannique, il travaille comme musicien de studio et trouve progressivement l’espace nécessaire à l'écriture et à la composition. Cette période joue également un rôle essentiel dans l’affirmation de son identité artistique, notamment à travers son choix du créole comme langue d’expression musicale.
Son parcours lui permet de collaborer avec plusieurs figures majeures de la scène internationale, parmi lesquelles Peter Gabriel, Youssou N'Dour, Gilberto Gil, Souad Massi et Laurent Voulzy.
Après six années passées en Angleterre, Pascal Danaë revient en France. Il fonde ensuite Rivière Noire avec Orlando Morais et Jean Lamoot, poursuivant son exploration de musiques métissées et de passerelles entre différents continents.
Delgres, un blues créole traversé par l'Histoire
Une nouvelle rencontre musicale conduit quelques années plus tard Pascal Danaë vers Baptiste Brondy, à la batterie, et Rafgee, au soubassophone.
Tous trois donnent naissance à Delgres. Le nom du groupe n’est pas anodin. Il renvoie directement à Louis Delgrès, officier et figure de la résistance guadeloupéenne au rétablissement de l'esclavage décidé sous Napoléon Bonaparte en 1802.
Cette référence historique devient progressivement indissociable de l’identité artistique du trio. Delgres développe un blues créole dans lequel se rencontrent influences caribéennes, guadeloupéennes et nord-américaines.
Le groupe publie notamment trois albums : « Mo Jodi » en 2018, « 4:00 AM » en 2021 et « Promis le ciel » en 2024.
Mais derrière l’identité musicale de Delgres se trouve également une quête beaucoup plus personnelle.
Sur les traces de Louis Delgrès et de Louise Danaë
Le documentaire accompagne ainsi Pascal Danaë lors de son retour en Guadeloupe, sur la terre de ses ancêtres.
Ce voyage confronte directement le musicien à l'héritage de Louis Delgrès, dont la résistance et le combat pour la liberté résonnent avec les thèmes développés par Delgres.
À cette mémoire collective vient se superposer une découverte familiale particulièrement forte : la lettre d'affranchissement de son aïeule Louise Danaë.
Ce document relie directement l’histoire familiale de l’artiste à celle de l’esclavage et de son abolition. Le film fait de cette découverte l’un des points de rencontre entre une mémoire intime, parfois transmise silencieusement entre les générations, et l’histoire plus vaste des sociétés antillaises.
Le parcours prend alors une autre dimension : derrière la recherche des origines apparaît la question de leur transmission et de la manière dont la création artistique peut permettre de se réapproprier une histoire.
De la Guadeloupe à La Nouvelle-Orléans, un dialogue entre les mémoires
Le voyage se poursuit de l’autre côté de l’Atlantique. En Louisiane, notamment à La Nouvelle-Orléans et à la Whitney Plantation, Pascal Danaë part à la rencontre des racines du blues afro-américain.
Le musicien y retrouve des correspondances avec sa propre histoire et celle des Antilles : esclavage, déracinement, résistance, transmission culturelle et capacité de la musique à transformer les blessures de l’histoire en création.
Ces rapprochements constituent l’un des axes du documentaire. Le blues américain et la culture créole antillaise apparaissent non comme des univers isolés, mais comme des expressions façonnées par des histoires qui se répondent de part et d'autre de l’Atlantique.
Pour Pascal Danaë, cette circulation entre les territoires est également musicale. Sa création devient le lieu où se rencontrent les rythmes caribéens, le blues, le créole et différentes expériences accumulées au cours de plusieurs décennies de carrière.
Un portrait où l'intime rencontre l'histoire collective
Avec « Pascal Danaë, des racines à Delgres », outremer.ledoc ne propose donc pas seulement le portrait d'un musicien.
Le film interroge plus largement la filiation, la mémoire, l’identité et la transmission. À travers l’histoire singulière de Pascal Danaë, il raconte aussi celle d’un artiste qui a dû parcourir plusieurs milliers de kilomètres pour se rapprocher progressivement de ses racines.
Des souvenirs familiaux de Pointe-à-Pitre aux studios londoniens, de la création de Delgres à la découverte de l’histoire de Louise Danaë, jusqu’aux traces de l’esclavage en Louisiane, le documentaire montre comment ces fragments d’histoire ont progressivement nourri une œuvre.
La musique devient alors un trait d’union : entre la Guadeloupe et l'Hexagone, entre les Antilles et les États-Unis, entre mémoire familiale et histoire collective, mais aussi entre plusieurs générations.
Le documentaire sera diffusé le lundi 28 septembre dès 23h45 sur France 3 (Date et Horaire Métropole, ndlr).







