Attribué dans le cadre du festival Pariscience, le Prix Campagne d’impact vise à soutenir les projets audiovisuels capables de sensibiliser le public aux grands enjeux environnementaux et de favoriser une mobilisation concrète de la société.
Créé en 2024 avec le soutien de l'Office français de la biodiversité, ce dispositif accompagne des initiatives associant une œuvre audiovisuelle à une stratégie d'action, afin de prolonger les effets de sa diffusion sur les comportements, les politiques publiques ou la protection du vivant.
En remportant le premier prix de l'édition 2026, le projet de campagne d'impact associé à « Climat, que justice soit faite ! » bénéficie d'une contribution de 12 000 euros destinée au développement de cette campagne, ainsi que d'un accompagnement de l'OFB.
Le dispositif prévoit également une projection du documentaire et une restitution de la campagne d'impact lors de la prochaine édition du festival.
Cette reconnaissance intervient alors que la question de la responsabilité climatique des États occupe une place croissante dans les débats internationaux.
Du Vanuatu à La Haye, le combat historique d'étudiants du Pacifique
Au cœur du documentaire figure une mobilisation citoyenne née dans les îles du Pacifique, particulièrement vulnérables aux conséquences du réchauffement climatique.
Tout commence avec des étudiants en droit réunis au sein du mouvement Pacific Islands Students Fighting Climate Change. Leur ambition : obtenir de la Cour internationale de justice (CIJ), principale juridiction des Nations unies, une clarification des obligations juridiques des États en matière de changement climatique.
Portée notamment par Cynthia Houniuhi, cette initiative prend progressivement une dimension diplomatique. Le Vanuatu, petit État insulaire du Pacifique Sud, s'engage dans la démarche et contribue à la porter devant les instances internationales.
Après plusieurs années de mobilisation, l'Assemblée générale des Nations unies adopte, en mars 2023, une résolution demandant officiellement à la Cour internationale de justice de se prononcer sur les obligations des États et les conséquences juridiques de leur éventuelle violation.
En décembre 2024, 96 États présentent leurs arguments devant la juridiction internationale à La Haye. Une mobilisation exceptionnelle qui révèle les profondes divergences entre les pays particulièrement exposés aux dérèglements climatiques et les grandes puissances émettrices de gaz à effet de serre.
À travers cette confrontation juridique et diplomatique, le film retrace le parcours de celles et ceux qui ont réussi à porter les préoccupations des populations insulaires jusqu'au plus haut niveau de la justice internationale.
Un enjeu majeur pour la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Mayotte
Si cette bataille trouve son origine au Vanuatu, les enjeux qu'elle soulève concernent directement les territoires ultramarins français.
En Nouvelle-Calédonie, le documentaire donne notamment la parole à Samson Jean-Marie, chercheur travaillant sur l'anthropologie du climat, qui évoque les difficultés rencontrées par les agriculteurs face aux transformations de leur environnement.
En Polynésie française, Tamatoa Bambridge, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), apporte un éclairage sur les menaces pesant sur les lagons et leurs écosystèmes.
Le film établit également un parallèle avec Mayotte, frappée en décembre 2024 par le cyclone Chido, au moment où s'achevaient les audiences de la Cour internationale de justice.
Cette catastrophe rappelle la vulnérabilité des territoires insulaires face aux phénomènes météorologiques extrêmes, sans que l'on puisse attribuer un événement particulier au seul changement climatique.
Originaire de Mayotte et engagée au sein de World's Youth for Climate Justice, Samira Ben Ali participe au documentaire et contribue à relier les revendications internationales aux réalités vécues dans les Outre-mer.
Au-delà des conséquences environnementales, le film interroge la préservation des modes de vie, des traditions et du patrimoine culturel de populations dont l'existence demeure étroitement liée à leur territoire.
Une décision historique rendue en juillet 2025
Le documentaire revient également sur une étape décisive de cette mobilisation : l'avis consultatif rendu le 23 juillet 2025par la Cour internationale de justice.
Dans cet avis adopté à l'unanimité, la CIJ précise les obligations internationales des États en matière de protection du système climatique.
Elle affirme notamment que les États doivent prendre les mesures nécessaires pour prévenir les dommages significatifs causés à l'environnement et respecter leurs engagements découlant du droit international.
La Cour rappelle également que le non-respect de certaines obligations climatiques peut engager la responsabilité internationale d'un État et, sous certaines conditions, ouvrir la voie à des réparations.
Si cet avis consultatif n'a pas, en lui-même, la force obligatoire d'un jugement condamnant un État particulier, il constitue néanmoins une référence juridique majeure susceptible d'influencer les politiques climatiques et les futurs contentieux.
Pour les petits États insulaires et les populations particulièrement exposées au réchauffement, il représente une avancée importante dans leur quête de reconnaissance et de justice climatique.
Un documentaire au croisement de la science, de la diplomatie et de la justice
Réalisé par Claire Perdrix et Marianne Kerfriden, « Climat, que justice soit faite ! » mêle les témoignages de militants, de scientifiques, de responsables politiques et de spécialistes du droit international.
Parmi les intervenants figurent notamment Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue et membre du Haut Conseil pour le climat, Michael Burger, directeur exécutif du Sabin Center for Climate Change Law de l'université Columbia, ainsi que Laurent Fabius, ancien président de la COP21.
Le documentaire donne également la parole à des acteurs associatifs et humanitaires engagés auprès des populations insulaires.
À travers leurs témoignages, le film met en lumière les dimensions scientifiques, humaines et juridiques d'une mobilisation qui dépasse largement les frontières du Pacifique.
Produite par Les Nouveaux Jours avec la participation de France Télévisions, cette œuvre de 90 minutes sera diffusée le lundi 16 novembre 2026 à 21h05 sur France 5 (Date et Horaire Métropole, ndlr), dans le cadre de la programmation consacrée aux Outre-mer.
Elle sera également proposée sur les antennes du Réseau des 1ère en Outre-mer, ainsi que sur La1ere.fr et france.tv.
Une diffusion qui permettra de découvrir les coulisses d'un combat international soulevant une interrogation fondamentale : jusqu'où le droit peut-il contribuer à obliger les États à protéger les populations les plus vulnérables face au changement climatique ?







