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Polynésie : l'association Te Tia Ara dénonce des abonnés “vaches à lait” face à une double facturation d'Onati


Publié le Jeudi 30 Avril 2026 à 08:33

              



En Polynésie française, la question du coût de l’accès à internet par fibre optique revient au cœur de l’actualité économique et réglementaire.

L’association de défense des consommateurs Te Tia Ara dénonce une pratique qu’elle juge abusive : l’obligation, pour les abonnés à la fibre, de souscrire en parallèle un abonnement à la ligne fixe, entraînant une hausse significative de la facture mensuelle.


Une plainte instruite par l’Autorité de la concurrence


Le dossier a franchi une nouvelle étape institutionnelle. Le mercredi 22 avril 2026, Te Tia Ara a été auditionnée par l’Autorité Polynésienne de la Concurrence, représentée par sa rapporteure générale, Sophie Bresny, et son adjoint, Frédéric Paillusson. Cette audition s’inscrit dans le cadre d’une plainte déposée par l’association à l’encontre de ONATI, filiale de l’Office des Postes et Télécommunications de Polynésie française.

À l’origine de cette procédure, des signalements répétés de consommateurs dénonçant des pratiques commerciales trompeuses lors de la souscription à des offres fibre.


Une facturation jugée opaque et injustifiée


Selon Te Tia Ara, de nombreux abonnés découvrent, après souscription, l’existence d’un coût supplémentaire de 3 565 FCFP par mois correspondant à un abonnement à la ligne cuivre. Un surcoût qui, selon l’association, n’est pas clairement mentionné dans les supports publicitaires d’ONATI, notamment en agence Fare Rata ou sur son site internet.

L’association considère que cette absence d’information pourrait relever de pratiques commerciales trompeuses au regard de la réglementation en vigueur. Elle conteste également la pertinence technique de cette facturation, estimant que les services de téléphonie, d’internet et d’audiovisuel transitent désormais intégralement via la fibre optique, rendant obsolète le maintien d’une ligne cuivre.


Une pratique dénoncée au-delà des consommateurs


La contestation ne se limite pas aux usagers. Les opérateurs concurrents de l’opérateur historique Vini dénoncent eux aussi une contrainte structurelle qui les oblige à répercuter ce coût sur leurs propres offres, limitant ainsi l’effet de la concurrence sur les prix.

Dès octobre 2022, l’opérateur Vodafone avait soutenu une pétition lancée par Te Tia Ara, laquelle avait recueilli près de 6 000 signatures. Malgré cette mobilisation, l’association accuse les autorités publiques et l’OPT de ne pas avoir infléchi leur position.


Une comparaison défavorable avec la Nouvelle-Calédonie


Te Tia Ara met en avant l’exemple de la Nouvelle-Calédonie, où une réforme récente a profondément modifié le modèle tarifaire. Depuis le 1er décembre 2025, les abonnés calédoniens peuvent accéder à la fibre sans obligation de souscrire une ligne fixe.

Le tarif d’une offre très haut débit à 1 Gb/s y a même été revu à la baisse, passant de 2 650 à 2 300 FCFP par mois. Selon les autorités locales, cette réforme représente un gain moyen de 1 255 FCFP mensuels par foyer et un impact global estimé à 440 millions de francs CFP par an pour près de 49 000 ménages.

Pour l’association, cet exemple illustre une volonté politique de soutenir le pouvoir d’achat et de favoriser un environnement concurrentiel plus équilibré, une dynamique qui, selon elle, fait défaut en Polynésie française.


Une décision attendue


Te Tia Ara indique que sa requête est actuellement en cours d’instruction et se dit dans l’attente d’un avis de l’Autorité de la concurrence. L’enjeu est de taille : déterminer si la pratique d’ONATI constitue un abus de position dominante dans un marché historiquement marqué par le monopole de l’opérateur public.

Au-delà du cas spécifique de la ligne fixe, cette affaire pose plus largement la question de l’effectivité de la concurrence dans le secteur des télécommunications en Polynésie française. Alors que l’ouverture du marché devait théoriquement faire baisser les prix, l’association estime que les consommateurs continuent de supporter des coûts élevés, symptomatiques de “réflexes monopolistiques” persistants.

Dans l’attente de la décision de l’Autorité, le débat reste ouvert sur l’équilibre entre financement des infrastructures, transparence tarifaire et protection du pouvoir d’achat dans les territoires ultramarins.



Ludovic Belzamine
Rédacteur en chef de Megazap.fr depuis 15 ans. En savoir plus sur cet auteur

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