Diffusé le 23 mars à 23h50 (Date et Horaire Métropole, ndlr)sur France 3, puis disponible sur La1ere.fr et france.tv, le documentaire Eugénie Éboué-Tell, une héroïne française s’attache à réhabiliter une figure majeure, longtemps reléguée dans l’ombre de l’histoire officielle.
Souvent présentée comme la simple épouse de Félix Éboué, première grande figure noire de l'administration coloniale française, Eugénie Éboué-Tell apparaît ici sous un jour nouveau : celui d’une « Fanm’ Doubout », une femme debout, engagée et influente, actrice à part entière des combats politiques et sociaux de son époque.
Une trajectoire d’exception, de la Guyane à la République
Née en 1891 en Guyane, Eugénie Éboué-Tell est issue d’un milieu marqué par l’ascension sociale. Son père, ancien esclave devenu directeur du bagne de Saint-Laurent-du-Maroni, lui offre une éducation ambitieuse en métropole. Formée au lycée de jeunes filles de Montauban, elle devient à son retour la première institutrice noire de Guyane.
Sa rencontre avec Félix Éboué marque un tournant. À ses côtés, elle s’implique activement dans la vie politique et administrative, notamment lors de leur passage en Guadeloupe où son mari est gouverneur. Mais loin d’un rôle secondaire, elle contribue à l’élaboration des discours et soutient des politiques axées sur l’éducation et le respect des institutions.
Résistante et décorée
Lorsque Félix Éboué est nommé par Charles de Gaulle à la tête de l’Afrique-Équatoriale française en 1940, Eugénie Éboué-Tell s’engage à son tour dans la lutte. Entre 1941 et 1944, elle rejoint les Forces françaises libres comme infirmière à Brazzaville, alors capitale de la France libre.
À la Libération, son engagement est reconnu par plusieurs distinctions majeures : médaille de la Résistance, croix de guerre et Légion d’honneur. Pourtant, cette reconnaissance institutionnelle ne suffit pas à lui assurer une place durable dans la mémoire collective.
Une pionnière en politique
Après la mort de son mari en 1944, Eugénie Éboué-Tell poursuit son combat sur le terrain politique. En 1945, elle devient l’une des premières femmes de couleur élues à l’Assemblée nationale. Elle entre ensuite au Sénat, où elle siège au sein du groupe socialiste, défendant des causes qui résonnent encore aujourd’hui : éducation, égalité des droits, justice sociale et émancipation des femmes.
Elle rejoint également le Rassemblement du peuple français et poursuit son engagement à l’international, notamment à la tête de l’Alliance internationale des femmes. Sa carrière s’achève par un mandat local à Asnières, qu’elle conserve jusqu’à sa disparition en 1972.
Un héritage politique et féministe
À travers les analyses d’historiens, de biographes comme Guillaume Villemot, et de personnalités politiques telles que Christiane Taubira, le documentaire met en perspective l’ampleur de son héritage. Eugénie Éboué-Tell apparaît comme une pionnière du féminisme noir et une figure clé des luttes pour la décolonisation et l’égalité.
En redonnant toute sa place à cette femme d’exception, ce film contribue à combler un angle mort de l’histoire française. Il rappelle surtout que derrière certaines grandes figures masculines se trouvent parfois des trajectoires féminines tout aussi déterminantes, sinon davantage, pour comprendre les combats d’hier et d’aujourd’hui.














