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À La Réunion, Talents La Kour réunit cinéma et musique pour accompagner quatre nouveaux projets de courts métrages


Publié le Vendredi 21 Août 2026 à 13:56

              


Du 25 au 29 août 2026, Château Morange, à Saint-Denis, accueillera une nouvelle Résidence « Musique & Cinéma » portée autour du dispositif Talents La Kour de l’association Cinékour. Pendant cinq jours, quatre lauréats de la promotion 2025 travailleront aux côtés de professionnels du cinéma et de la composition afin de préciser l’identité musicale de leurs courts métrages. Masterclass, ateliers, rencontres professionnelles, pitchs et rendez-vous B2B rythmeront cette semaine destinée à favoriser les collaborations entre cinéastes et compositeurs réunionnais


À La Réunion, l'émergence d'une nouvelle génération de cinéastes passe aussi par la structuration de tout l'écosystème qui accompagne leurs œuvres. C'est précisément à l'intersection de l'image et du son que se positionne la Résidence « Musique & Cinéma », organisée du 25 au 29 août 2026 à Château Morange, à Saint-Denis.

Mise en place depuis 2019 avec la complicité de la Sacem, de la Région Réunion et de Château Morange, cette résidence entend répondre à un enjeu identifié sur le territoire : développer la création de musiques originales pour les courts métrages réunionnais et accompagner la relation artistique entre auteurs, réalisateurs et compositeurs.

L'objectif ne consiste donc pas simplement à ajouter une bande originale à des films déjà définis. La musique est ici envisagée dès le développement du projet comme une composante à part entière de l'écriture cinématographique.


Une semaine pour construire l'identité musicale de quatre films


La Résidence « Musique & Cinéma » est articulée autour de Talents La Kour et s'adresse cette année à quatre lauréats de la promotion 2025, mais également à de jeunes compositeurs souhaitant acquérir une première expérience dans le domaine de la musique pour l'image.

Durant la semaine, les quatre porteurs de projets seront accompagnés dans la définition et l'affinement de leurs intentions musicales. Encadrés par des professionnels du cinéma et de la composition, ils devront réfléchir au rôle que peut jouer la musique dans leurs récits, à son articulation avec la mise en scène et à la manière de traduire leurs intentions auprès d'un compositeur.

Un enjeu essentiel puisque réalisateur et compositeur doivent parvenir à développer un langage commun. La résidence doit précisément permettre aux cinéastes de mieux formuler leurs attentes tout en donnant aux musiciens les clés nécessaires pour comprendre l'univers dramaturgique, esthétique et émotionnel des œuvres.

Le dispositif prévoit également des rencontres professionnelles en B2B, des retours d'expérience de réalisateurs et compositeurs, des projections, des masterclass et différents ateliers. Autant de rendez-vous conçus pour enrichir les projets, favoriser l'émergence de collaborations et développer le réseau professionnel des participants.

À l'issue de la résidence, la démarche doit se prolonger au-delà des cinq jours passés à Château Morange : les lauréats et les compositeurs seront invités à constituer des binômes afin de poursuivre leur collaboration et de préparer une restitution de leurs travaux.


De la composition musicale au droit : un programme en six étapes


La résidence repose sur six grands axes de travail : une masterclass consacrée à la composition musicale, un temps institutionnel autour de la musique à l'image et des dispositifs d'accompagnement existant sur le territoire, une masterclass consacrée au cadre juridique et au financement d'une musique de film, un retour d'expérience d'un binôme compositeur-réalisateur, un atelier sur les intentions musicales, puis une session de pitch suivie de rencontres B2B.

Le programme détaillé prévoit ainsi, lors de la première journée, l'accueil des participants puis un temps théorique consacré à la composition musicale animé par Delphine Mantoulet. Une intervention institutionnelle de la Sacem et de la Région Réunion est également programmée.

La deuxième journée sera notamment consacrée à la masterclass « Création d'une musique de film = cadre juridique et financements », animée par Guillaume Clément, ainsi qu'au retour d'expérience d'un duo réunissant compositeur et réalisateur.

Le troisième jour placera les intentions musicales au cœur du travail, avec un atelier animé par Manon Amacouty et Eat My Butterfly. Le quatrième jour sera consacré à la préparation du pitch.

Enfin, le cinquième jour donnera aux lauréats l'occasion de présenter leur projet devant des compositeurs intéressés par la création musicale pour le cinéma. Des rendez-vous B2B entre compositeurs et lauréats de Talents La Kour viendront compléter cette dernière étape.


Des professionnels aux profils complémentaires


Plusieurs intervenants accompagneront les participants. Manon Amacouty, scénariste et réalisatrice française, interviendra notamment dans le travail consacré aux intentions musicales. Elle sera accompagnée d'Eat My Butterfly, artiste musicienne, batteuse et compositrice.

Delphine Mantoulet, musicienne et compositrice française, assurera pour sa part le temps théorique consacré à la composition musicale.

Les dimensions juridiques et financières seront abordées avec Guillaume Clément, fondateur du cabinet Coriolan et avocat aux barreaux de Saint-Pierre et de Paris.

Enfin, Michel Mey, délégué régional de la Sacem, figure également parmi les intervenants présentés par Cinékour.

Cette diversité de profils traduit l'ambition de la résidence : confronter les jeunes auteurs à toutes les dimensions de la création d'une musique originale, depuis les premières intentions artistiques jusqu'aux questions de droits, de financement et de contractualisation.


« Le Choix de Omar » : sport, famille et déterminisme social


Parmi les quatre projets accompagnés figure « Le Choix de Omar », un drame social initiatique de 20 minutes porté par Issam Aboudou.

Âgé de 24 ans et originaire de Saint-Denis, celui-ci cumule plusieurs activités : comédien, auteur, kickboxeur, éducateur sportif et assistant d'éducation. Formé notamment par Cinékour aux métiers du cinéma, il a participé à plusieurs courts métrages ainsi qu'à des productions télévisées, parmi lesquelles OPJ, En boucle, ONG et Les Enchaînés.

Avec Le Choix de Omar, il s'intéresse aux tensions qui peuvent opposer les aspirations individuelles aux responsabilités familiales et sociales.

Le personnage principal, Omar, est un boxeur thaï semi-professionnel de 20 ans, d'origine comorienne, vivant à Saint-Denis. Un sélectionneur international, alors en détection à Maurice, doit faire spécialement le déplacement pour assister à son combat à 19 heures. Son entraîneur a même payé le billet du sélectionneur.

Mais Omar se retrouve sollicité de toutes parts : son père est diminué, sa mère dissimule un avis avant saisie, sa petite sœur a besoin de lui, tout comme son entourage et son quartier. Incapable de dire non, le jeune homme devra apprendre, au cours de cette journée décisive, à choisir aussi pour lui-même.

Issam Aboudou entend à travers ce récit questionner les croyances limitantes, le sentiment d'imposture et le poids que peuvent représenter les attentes de l'entourage lorsque l'on tente de poursuivre une ambition personnelle.


« 1848* » : revisiter l'histoire réunionnaise à travers la fiction


Autre univers, autre époque avec « 1848* », projet de Jean Florent M'Nemosyme. Présenté comme un thriller, drame historique d'environ 20 minutes, le film plonge dans La Réunion de 1848.

Auteur-réalisateur réunionnais, Jean Florent M'Nemosyme est titulaire d'un master obtenu à l'ILOI, l'Institut de l'Image de l'Océan Indien. Lauréat du Prix du 48 Heures Film Project, il intervient également auprès des jeunes du dispositif Kourmétraz et a développé son expérience en travaillant comme technicien sur différents tournages.

Son projet suit Rose, une jeune esclave de maison, confrontée aux humiliations et aux châtiments de ses maîtres. Son quotidien bascule lorsqu'un marron, repris après vingt années de fuite, est ramené. Rose est convaincue que cet homme est son père. Pour découvrir la vérité, elle devra affronter ses peurs et prendre des risques susceptibles de changer son destin.

À travers cette fiction, le réalisateur souhaite mettre en images une période qui a profondément façonné l'histoire réunionnaise. Il présente son récit comme ancré dans la réalité historique, avec la volonté de rester fidèle aux lois, aux dates, aux faits et aux conditions de vie de l'époque.


« Flèr Power » : quand la nature réunionnaise entre en résistance


Le troisième projet, « Flèr Power », change radicalement de registre. Porté par Lucile Lebon, il s'agit d'un film d'animation 2D de science-fiction d'une durée envisagée de 10 à 15 minutes, produit par Autour de Minuit.

Après des études littéraires, Lucile Lebon a travaillé à Paris comme cheffe monteuse et motion designer dans le domaine musical, participant notamment à des programmes pour France Télévisions, Arte et France Inter. Installée à La Réunion depuis 2020, elle a réalisé deux clips pour l'artiste réunionnais Sol Rosa. Son clip d'animation 2D Moving Back Moving Up a notamment été sélectionné dans plusieurs festivals, dont le Festival d'Annecy en 2025.

Dans Flèr Power, l'action se déroule dans un futur post-apocalyptique où une multinationale impose aux survivants un protocole d'assainissement nuisible aux espèces vivantes. Après une violente tempête, trois employés découvrent qu'une pousse est apparue dans leur zone. La nature va progressivement reprendre ses droits et remettre en cause l'ordre établi.

Inspiré du mouvement pacifiste Flower Power, le projet entend célébrer une forme d'« insurrection du végétal », notamment à travers les plantes endémiques de La Réunion. Lucile Lebon imagine une œuvre pop, musicale et colorée, à la croisée de la science-fiction, de la poésie et du récit écologique.


« Biomuseum » : la crise écologique racontée par la science-fiction


Enfin, Yempabou Tankoano, 23 ans, développe « Biomuseum », un court métrage de science-fiction post-apocalyptique et satirique d'environ 15 minutes.

Étudiant en médiation scientifique, comédien et chanteur, il évolue entre audiovisuel, théâtre, sciences et milieu associatif. Titulaire d'un certificat d'études théâtrales du Conservatoire à Rayonnement Régional de La Réunion et d'une licence en sciences de la vie, parcours médiation scientifique, à l'Université de La Réunion, il a été initié aux métiers du cinéma par Kourmétraz. Biomuseum constitue son premier court métrage et a bénéficié d'une aide à l'écriture de la Région Réunion.

Le film suit Cassandre, qui, lors d'une visite dans son musée préféré, se retrouve fascinée par un immense tableau représentant La Réunion dans le futur. L'île y apparaît dévastée par les catastrophes climatiques. Face à cette vision, l'angoisse gagne progressivement la jeune femme.

Le projet revendique notamment des influences telles que Black Mirror de Charlie Brooker et Snowpiercer de Bong Joon-ho. Yempabou Tankoano y imagine des personnages confrontés à la nécessité de réparer un monde qu'ils n'ont pas eux-mêmes détruit. Le film aborde ainsi la responsabilité environnementale, l'éco-anxiété, le nihilisme et la difficulté de maintenir l'espoir face à l'aggravation de la crise écologique.


Talents La Kour, un dispositif installé depuis 2017


La Résidence « Musique & Cinéma » s'inscrit dans un dispositif plus large. Porté par Cinékour depuis 2017, Talents La Kour est un programme gratuit d'accompagnement destiné aux cinéastes émergents de La Réunion.

Résidence d'écriture, workshops, masterclass et mise en réseau doivent contribuer à leur professionnalisation. Talents La Kour a été labellisé Talents en Court du CNC en 2019 dans le cadre de la convention CNC-État-Région. Le dispositif s'inscrit ainsi dans une dynamique nationale destinée notamment à accompagner des créateurs au potentiel artistique qui restent éloignés des circuits professionnels pour des raisons sociales ou géographiques.

Tous les deux ans, dix lauréats sont sélectionnés sur dossier. Le programme est ouvert aux aspirants cinéastes réunionnais à partir de 18 ans, qu'ils soient professionnels, amateurs ou autodidactes, dès lors qu'ils portent un projet de court métrage de fiction destiné à être réalisé dans des conditions professionnelles.

L'ambition affichée dépasse la seule professionnalisation individuelle. Talents La Kour entend permettre à l'imaginaire des jeunes Réunionnais de trouver sa place dans le paysage cinématographique, contribuer à diversifier le cinéma français et porter au-delà de l'océan la culture créole réunionnaise, son histoire et sa langue, tout en faisant évoluer les représentations des Outre-mer.


Cinékour, près de dix ans d'action pour la filière réunionnaise


Fondée en 2016 par la réalisatrice Elsa Dahmani et présidée par la musicienne et comédienne Christine Salem, Cinékour est une association loi 1901 engagée dans le développement du cinéma et l'accès à la culture à La Réunion.

L'association considère le cinéma comme un outil d'émancipation, de cohésion sociale, d'insertion professionnelle et de développement territorial. Elle accorde notamment une attention particulière aux jeunes rencontrant des difficultés d'accès à l'offre culturelle pour des raisons sociales, économiques ou géographiques.

Son action repose sur quatre dispositifs complémentaires : Talents La Kour, consacré à l'émergence et à la professionnalisation des cinéastes ; Kourmétraz, tourné vers l'initiation, la création et le repérage de nouveaux talents ; La Fête du court métrage à La Réunion, dont Cinékour est l'ambassadeur régional depuis 2018 ; et Campus Kourmétraz, Atelier Chantier d'Insertion permettant d'accompagner des parcours professionnels à travers la pratique des métiers du cinéma et de l'audiovisuel.

Avec cette nouvelle Résidence « Musique & Cinéma », Cinékour poursuit ainsi un travail qui ne se limite plus à faire émerger des scénarios ou des réalisateurs. En rapprochant auteurs et compositeurs dès le développement des projets, le dispositif cherche également à consolider les passerelles entre les différents métiers de la création et à faire de la musique originale un véritable élément de l'identité des futurs courts métrages réunionnais.


Ludovic Belzamine
Rédacteur en chef de Megazap.fr depuis 15 ans. En savoir plus sur cet auteur

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