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The Meg 2: il a reçu des critiques négatives, mais a connu un grand succès au box-office


Publié le Samedi 26 Septembre 2026 à 09:09

              



The Meg 2: The Trench, sorti en France sous le titre En eaux très troubles, restera comme l'un des cas d'école les plus parlants de l'été 2023. Éreinté par la critique, moqué pour ses effets visuels et son scénario, le film a pourtant tenu tête à Barbie et Oppenheimer pour finir à près de 395 millions de dollars dans le monde. Décryptage d'un paradoxe qui en dit long sur le cinéma contemporain.

Cinq ans après le premier volet, Jason Statham est retourné affronter le mégalodon. Adapté du roman The Trench de Steve Alten, cette suite sino-américaine réunissait à nouveau l'acteur britannique, cette fois accompagné de la superstar chinoise Wu Jing, sous la direction inattendue de Ben Wheatley. Le tout pour un budget de production estimé entre 129 et 139 millions de dollars.

Sur le papier, la formule avait déjà fait ses preuves. Le premier En eaux troubles de Jon Turteltaub avait encaissé plus de 530 millions de dollars en 2018, malgré un accueil critique déjà tiède. Warner Bros. et ses partenaires chinois pouvaient donc raisonnablement espérer rééditer l'exploit.


A fait l'objet de nombreuses critiques 


Le verdict de la presse est tombé vite et sans nuance. Le film n'a récolté qu'environ 30 % d'avis favorables sur Rotten Tomatoes, un score en recul par rapport à un premier opus déjà loin des sommets. Du côté du public, le CinemaScore s'est établi à B-, contre B+ pour le film original.

Les griefs se sont concentrés sur trois points. Les effets visuels d'abord, jugés indignes d'une production de cette envergure et régulièrement cités dans les bilans des pires VFX de l'année. L'écriture ensuite, avec des dialogues fonctionnels et une intrigue secondaire largement perçue comme un remplissage. Le rythme enfin, le film mettant un temps considérable avant de livrer ce que le public venait chercher.

Et pourtant, les chiffres racontent une tout autre histoire. Dès son premier week-end, The Meg 2 a engrangé 142 millions de dollars à l'échelle mondiale, dont 112 millions à l'international. Un démarrage d'autant plus notable qu'il s'effectuait en pleine tempête Barbenheimer, face aux deux phénomènes de l'été.

À la fin de son exploitation, le compteur affichait 82,6 millions de dollars sur le sol américain mais près de 395 millions dans le monde. Avec un budget marketing estimé entre 65 et 100 millions de dollars, la rentabilité reste discutable au sens strict, mais le film n'a rien du naufrage annoncé.

C'est là tout l'intérêt du cas Meg 2. il illustre la déconnexion croissante entre le jugement critique et le comportement d'un certain public. Personne n'achète un ticket pour En eaux très troubles en espérant une œuvre d'auteur. Le contrat est clair, presque contractuel.


La Chine, véritable moteur de l'opération


Le vrai secret du film ne se trouve ni à Hollywood ni en Europe, mais à Pékin. Coproduit avec des partenaires chinois, The Meg 2 a ouvert à 53 millions de dollars en Chine, dépassant même le démarrage du premier film sur ce territoire.

Le casting n'y est pas étranger. En intégrant Wu Jing, acteur dont les films ont généré des milliards de yuans sur le marché chinois, la production s'est offert un ancrage local que peu de blockbusters américains parviennent à obtenir. La structure de coproduction permettait par ailleurs de contourner le système de quotas limitant les films étrangers.


Ben Wheatley, l'auteur perdu dans le grand bain


Le choix du réalisateur reste l'aspect le plus intrigant du projet. Ben Wheatley s'est fait connaître avec Kill List, Touristes et High-Rise, des œuvres singulières, souvent dérangeantes, qui en avaient fait un chouchou de la critique et un quasi-inconnu du grand public.

Le confier à une production de cette taille relevait du pari. Peu de traces du style Wheatley subsistent, absorbé par un cahier des charges rigide et par les impératifs d'une coproduction internationale. Une trajectoire déjà observée chez d'autres cinéastes indépendants happés par le blockbuster.


Du monstre de synthèse aux géants bien réels


Ce que le film raconte malgré lui, c'est notre fascination intacte pour ce qui vit sous la surface. Le mégalodon est éteint depuis des millions d'années, mais l'océan abrite encore des créatures dont les dimensions rivalisent avec la fiction.

Le cas le plus spectaculaire se trouve du côté de l'Indonésie. Au large de Nusa Lembongan et Nusa Penida, à quelques encablures de Bali, remonte chaque année entre juillet et octobre le mola mola, ou poisson-lune, un géant pouvant atteindre plus de deux tonnes, à la silhouette si étrange qu'elle semble sortie d'un storyboard. À Manta Point, ce sont les raies manta, avec leurs envergures dépassant les quatre mètres, qui défilent au-dessus des plongeurs.

Ces sites comptent parmi les plus exigeants de la région ce qui explique que beaucoup de plongeurs viennent y chercher de la formation autant que du spectacle. Un Cours de Divemaster à Lembongan s'y déroule dans des conditions particulièrement formatrices, précisément parce que l'environnement ne pardonne pas l'approximation. De quoi rappeler que les vrais géants marins n'ont besoin d'aucun effet spécial pour impressionner.


Prochaine série


Alors, y aura-t-il un Meg 3? Le film a largement dépassé son budget de production, mais l'addition marketing rend le calcul serré. Surtout, la chute par rapport aux 530 millions du premier volet traduit une érosion nette de l'intérêt.

Le budget du film reste raisonnable au regard des normes actuelles des superproductions, et sa présence sur le marché chinois garantit un niveau minimum de recettes. Dans un contexte où des franchises de 250 millions de dollars échouent régulièrement, un film sur un requin géant à 130 millions de dollars reste un pari relativement raisonnable.


Dernières paroles


The Trench est moins un succès critique qu'un succès de concept. Le film n'a jamais vraiment cherché à séduire les critiques, mais à offrir un spectacle accessible, international et suffisamment spectaculaire pour attirer un public en quête de divertissement. Ceux qui préfèrent le vrai au numérique trouveront leur compte dans une plongée à Nusa Lembongan, où le spectacle n'a pas besoin de scénario. Avec près de 395 millions de dollars de recettes mondiales, le pari n'est donc pas totalement réussi sur le plan artistique, mais il reste loin d'être un échec commercial.



Ludovic Belzamine
Rédacteur en chef de Megazap.fr depuis 15 ans. En savoir plus sur cet auteur

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