Pour sa huitième édition, Court Derrière poursuit son travail autour des cinémas africains et afrodiasporiques, tout en faisant de la transmission l'un des grands fils conducteurs de sa programmation.
Les organisateurs ont choisi l'image du baobab pour symboliser cette volonté de faire dialoguer les générations et les mémoires. Une démarche incarnée notamment par la présence du réalisateur et producteur Mohamed Challouf, invité à transmettre la mémoire de plusieurs grandes figures du cinéma africain comme Ousmane Sembène, Gaston Kaboré, Tahar Cheriaa et Dikongué-Pipa.
Après avoir donné la parole, lors de la précédente édition, à celles et ceux qui portent les histoires, la réalité et la créolité réunionnaises, le festival entend ainsi poursuivre son travail de collecte et de transmission de la mémoire audiovisuelle.
Court Derrière revendique parallèlement une programmation ouverte : des courts-métrages en compétition, des longs métrages présentés hors compétition, des rendez-vous « Midi-Minuit » et une programmation baptisée « In Sinématoktonn », consacrée à un cinéma pensé et réalisé depuis les territoires eux-mêmes.
Quinze courts-métrages et neuf pays et territoires représentés
La compétition officielle 2026 rassemble 15 courts-métrages, répartis en deux séries. Fiction, documentaire, animation et cinéma expérimental se côtoient au sein d'une sélection particulièrement internationale.
Neuf pays et territoires sont représentés : La Réunion, la Martinique, Haïti, Cuba, le Cameroun, le Burkina Faso, Madagascar, le Mozambique et le Togo.
La création réunionnaise occupe une place importante dans cette sélection, avec plusieurs productions ou réalisateurs du territoire.
La première série comprend « Accord Désaccord » de Candy Hajaina (Madagascar, animation), « Au-delà du cadre » de LCR (La Réunion, fiction), « À vos mots, mon âme danse » de Kiswendsida Parfait Kaboré (Burkina Faso, documentaire), « Douvan jou » de Larry Labinsky (Martinique, fiction), « Fragmenté » de Ferguenson Hermogène (Cuba/Haïti, expérimental), « Sentié fenwar » d'Alain Samaar (La Réunion, documentaire) et « Une mémoire en ruine » de Mathias Noussougnon (Togo, documentaire).
La seconde série réunit « Cœur bleu » de Samuel Suffren (La Réunion), « Contagieuse » de Bruno Hoareau (La Réunion, fiction), « Entre nos é o silencio » de Brenda Akele Jorde et David-Simon Groß (Mozambique, documentaire), « Pou fé lèv soleil » de Mia Escoï et Stan Araboux (La Réunion, fiction), « Pourquoi vis-tu dans ce pays qui m'a tué ? » de Hugo Mourard (France/Martinique, documentaire), « Première de la classe » d'Ingrid Mafo (Cameroun, fiction), « Tout l'or du monde » de Nadia Boudaoud (France, fiction) et « Love » de Matthieu Virginitus (La Réunion, fiction).
À travers cette sélection, le festival fait se rencontrer des récits intimes, sociaux, historiques et identitaires provenant de plusieurs espaces géographiques liés à l'Afrique et à ses diasporas.
Une forte présence de la création réunionnaise
La sélection permet notamment de mesurer la diversité de la production locale. Dans « Sentié fenwar », Alain Samaar suit le cheminement d'un jeune homme confronté à une crise identitaire et engagé dans une recherche de ses origines. « Au-delà du cadre » aborde pour sa part l'emprise et les violences au sein du couple à travers le parcours d'une peintre enfermée chez elle et contrainte de produire des œuvres.
Avec « Cœur bleu », Samuel Suffren raconte l'attente de parents sans nouvelles de leur fils parti aux États-Unis, tandis que « Pou fé lèv soleil », signé Mia Escoï et Stan Araboux, emprunte les codes du récit de super-héros autour du personnage d'Hélios.
La sélection réunionnaise comprend également « Contagieuse » de Bruno Hoareau et « Love » de Matthieu Virginitus, ce dernier situant son histoire à Petite-Île.
Trois prix pour départager la sélection
Trois distinctions doivent être décernées au terme de cette huitième édition. Le Prix Héva sera attribué par le public, invité à voter pour son film préféré. Le Prix Élie sera remis par le jury professionnel, tandis que le Prix Makandal sera décerné par un jury étudiant.
Cette triple lecture permet au festival de confronter le regard des spectateurs, celui des professionnels du cinéma et celui d'une nouvelle génération d'étudiants.
Mohamed Challouf président d'un jury de cinq professionnels
Le jury professionnel sera présidé par Mohamed Challouf, réalisateur et producteur particulièrement engagé dans la préservation et la valorisation du patrimoine cinématographique africain et arabe.
Il sera entouré de quatre personnalités aux parcours complémentaires : Didier Grondin, réalisateur, chef opérateur et formateur actif depuis près de vingt ans dans le paysage audiovisuel réunionnais ; Johanne Aratus, artiste afro-diasporique dont la pratique croise musique et cinéma ; Patrice Sadeyen, président de la société de production audiovisuelle KADOK, journaliste, animateur radio et auteur-réalisateur ; et Nathalie Araboux, directrice générale de KLAK Productions et présidente des Éditions JAKOTO.
À ce jury professionnel s'ajoute un jury étudiant composé de quatre membres, chargé d'attribuer le Prix Makandal.
« Zamal Paradise », du scénario à l'objet patrimonial
L'autre temps fort de l'édition 2026 concerne « Zamal Paradise ». Court Derrière accompagne la publication du scénario du long métrage sous la forme d'un livre imprimé. Les organisateurs présentent l'initiative comme la première publication imprimée du scénario d'un long métrage réunionnais.
L'enjeu dépasse la simple édition d'un texte. Il s'agit de permettre au scénario d'être lu, transmis, étudié et conservé, et donc de faire entrer l'écriture cinématographique dans le patrimoine culturel réunionnais.
Cette publication pourrait également constituer le point de départ d'une démarche plus large : l'équipe de Court Derrière évoque elle-même le « début d'une série », laissant entrevoir la possibilité de valoriser à l'avenir d'autres scénarios et archives du cinéma réunionnais.
Un festival entre Afrique, Caraïbe et océan Indien
À travers Court Derrière, les associations Klaxon et Cinemawon, engagées dans la diffusion cinématographique et l'éducation à l'image, défendent une conception du festival qui ne se limite pas à la projection de films.
L'événement veut créer un espace de circulation entre l'Afrique, la Caraïbe, l'océan Indien et La Réunion, tout en permettant aux nouvelles générations de découvrir des œuvres et des figures parfois peu présentes dans les circuits traditionnels de diffusion.
Cette vocation se retrouve également dans les critères ayant présidé à l'appel à films 2026 : celui-ci était ouvert aux cinéastes du continent africain, aux diasporas africaines et afro-descendantes dans le monde ainsi qu'aux peuples autochtones des Amériques et du Pacifique.
Avec ses courts-métrages, ses longs, ses rencontres, son travail autour de la mémoire et ses espaces consacrés aux cinémas produits depuis les territoires eux-mêmes, Court Derrière entend ainsi faire de sa 8e édition un lieu de découverte autant que de transmission.
Le Festival Court Derrière 2026 se déroule du mardi 6 au samedi 10 octobre à Saint-Denis de La Réunion.








