La bataille autour de la concentration des médias en France connaît un nouvel épisode. Dans un communiqué commun publié le 29 juillet 2026, les syndicats SNJ, SNJ-CGT, SNME-CFDT, avec le soutien de Reporters sans Frontières (RSF), réagissent à la décision rendue le 27 juillet par le Conseil d'État concernant l'application du règlement européen sur la liberté des médias (European Media Freedom Act – EMFA).
Les organisations regrettent que la haute juridiction administrative ait rejeté leur requête visant à contraindre le gouvernement à mettre en œuvre l'article 22 de ce règlement européen, pourtant en vigueur depuis l'été 2025. Celui-ci prévoit notamment un mécanisme d'évaluation de l'impact des opérations de concentration sur le pluralisme des médias et l'indépendance éditoriale.
Le Conseil d'État renvoie la responsabilité au législateur
Dans sa décision, le Conseil d'État considère que le Premier ministre et la ministre de la Culture ne disposent pas des compétences réglementaires nécessaires pour mettre en œuvre cet article du règlement européen. Selon les juges, seule une intervention du législateur français permettrait d'instaurer ce dispositif d'évaluation. Ils rappellent également que la justice administrative ne peut contraindre le gouvernement à saisir le Parlement sur cette question.
Pour les organisations requérantes, cette décision crée une impasse institutionnelle. Elles dénoncent une situation dans laquelle gouvernement, Parlement et Conseil d'État se renvoient mutuellement la responsabilité, tandis que les opérations de concentration se poursuivent sans contrôle spécifique au regard du pluralisme de l'information.
Le rachat de Croque Futur par LVMH au cœur du dossier
Cette procédure judiciaire avait été engagée en décembre 2025, peu avant le rachat des éditions Croque Futur qui regroupent notamment Challenges, La Recherche et Sciences et Avenir par LVMH, déjà propriétaire de plusieurs médias économiques, dont Les Échos.
Les syndicats estiment que cette acquisition aurait dû faire l'objet d'une évaluation préalable de son impact sur le pluralisme, conformément au règlement européen. Selon eux, aucune procédure de contrôle n'a pourtant été engagée par les autorités françaises.
Les syndicats dénoncent des conséquences sur les rédactions
Dans leur communiqué, les organisations syndicales affirment que les premiers mois ayant suivi cette opération ont déjà eu des effets significatifs sur les rédactions concernées.
Elles évoquent notamment la remise en cause de la charte éditoriale de Challenges, qu'elles présentent comme un élément essentiel de l'indépendance du titre. Elles soulignent également qu'environ la moitié des journalistes du groupe ont quitté ou s'apprêtent à quitter leur poste, alimentant leurs inquiétudes quant à l'avenir des trois publications concernées.
Une autre procédure toujours en cours
Parallèlement à cette action devant le Conseil d'État, les syndicats indiquent avoir saisi, avec le soutien de RSF, l'Autorité de la concurrence en décembre 2025 afin qu'elle examine une possible situation d'abus de position dominante de LVMH dans le secteur de la presse économique.
Selon le communiqué, cette procédure est toujours en cours d'instruction.
Un appel à moderniser le cadre législatif
Au-delà de cette affaire, les organisations signataires estiment que le cadre juridique français est désormais insuffisant pour répondre aux enjeux actuels de concentration des médias.
Elles plaident pour l'adoption rapide d'une loi permettant de transposer pleinement les dispositions du règlement européen et de mieux garantir le pluralisme de l'information ainsi que l'indépendance éditoriale des médias.







