Plus d'un an après le passage dévastateur du cyclone Chido, Mayotte, île sous domination s’impose comme un documentaire coup de poing, à contre-courant des récits institutionnels.
Réalisé par Mathilde Detrez, Pauline Le Liard et Carol Sibony, ce film de 70 minutes propose une lecture politique, juridique et profondément humaine de la situation mahoraise, révélant les mécanismes d’une domination coloniale toujours à l’œuvre
Une catastrophe révélatrice d’un système
En décembre 2024, le cyclone Chido frappe Mayotte avec une violence inédite, détruisant en quelques heures les habitations précaires de près de 100 000 personnes. Si le dérèglement climatique explique l’intensité du phénomène, il ne suffit pas à comprendre l’ampleur du désastre.
Le film rappelle que cette catastrophe naturelle s’inscrit dans un contexte historique et politique lourd, hérité de la séparation de Mayotte du reste de l’archipel des Comores en 1975. Depuis, l’île est marquée par la pauvreté structurelle, des inégalités extrêmes et un régime d’exception juridique permanent.
Mayotte, laboratoire des politiques sécuritaires
Le documentaire analyse comment l’État français a utilisé la crise post-cyclonique comme un levier pour renforcer une logique sécuritaire et militariste déjà engagée, notamment à travers les opérations Wuambushu et Place Nette.
L’adoption, en 2025, d’un nouveau régime d’exception sur le droit du sol, puis la loi dite « Mayotte » en juillet, accentuent cette dynamique : durcissement du droit des étrangers, enfermement spécifique des enfants, suppression du droit au relogement pour les habitants des bidonvilles, fin des régularisations pour les personnes entrées sans visa.
À travers ces mesures, Mayotte apparaît comme un véritable laboratoire juridique, où des dispositifs d’exception sont expérimentés avant d’être potentiellement étendus à d’autres territoires.
Une parole ancrée dans le terrain
Singularité du film : son point de vue. Les réalisatrices sont juristes et militantes au sein du Collectif d’Action Judiciaire. Leur expérience professionnelle à Mayotte, centres de rétention administrative, milieu associatif, accompagnement des personnes exilées, les a placées au cœur de ce qu’elles décrivent comme une « machine à expulser ». Cette position leur permet de montrer, de l’intérieur, comment le droit devient un instrument de contrôle et de domination.
Le documentaire donne largement la parole aux habitants : travailleurs, étudiants, militants, voisins. Colère, résignation, mais aussi résistances quotidiennes structurent ces témoignages, loin des discours officiels. Les voix recueillies dessinent une cartographie sensible des fractures sociales, raciales et politiques qui traversent l’île.
Un regard anticolonial assumé
Mayotte, île sous domination revendique clairement une perspective anticoloniale et anti-impérialiste. Il interroge la gestion française de l’île, la continuité des logiques coloniales et les conséquences concrètes des lois d’exception sur la vie des Mahorais et des personnes comoriennes. Plus qu’un état des lieux, le film se veut un outil politique, destiné à nourrir les luttes et à rendre visibles des réalités trop souvent marginalisées.
Une projection publique à Paris
Le documentaire fera l’objet d’une projection publique :
- Samedi 25 janvier à 20h
- Cinéma La Clef
- 35 rue Daubenton, Paris
La séance est proposée à prix libre, sans réservation, dans un esprit d’accessibilité et de diffusion militante.
Produit et distribué par Communard.e.s, ce documentaire s’annonce comme une œuvre essentielle pour comprendre Mayotte autrement : non pas comme une simple « crise migratoire » ou sécuritaire, mais comme le symptôme d’une histoire coloniale non résolue, toujours agissante.













