Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Battledream Chronicle: Alain Bidard parle de ses inspirations, ses doutes, ses motivations et le processus de création de ce long-métrage


Rédigé le Dimanche 10 Mai 2020 à 13:38 |




Le long métrage d'animation 100% Made in Martinique, Battledream Chronicle sera diffusé ce dimanche sur les chaînes La 1ère.

Dans une interview, Alain Bidard nous explique le processus de création de ce long-métrage, ses inspirations, ses doutes, ses motivations, etc...:

Pouvez-vous nous raconter le processus de création de votre film d’animation ? Quelles ont été vos inspirations ?

Ma principale inspiration est la culture martiniquaise et plus largement la culture afro-caribéenne. Il y a énormément d'aspects qui diffèrent dans nos cultures par rapport à la culture occidentale et orientale. Et tous ces aspects redéfinissent une nouvelle façon de communiquer dans l'animation.

L'un des aspects les plus importants est probablement la matrifocalité et le fait que la mère soit le pilier central de la famille et de la société dans notre culture.  Par extension cela confère à la femme une importance qu'on ne retrouve pas dans l'animation occidentale et orientale.

Aussi bien dans les films de Disney que dans la japanimation, la femme forte indépendante est toujours cet ovni qui doit se cacher des autres, s'excuser d’être différente ou encore vivre son émancipation dans la solitude. Les femmes indépendantes de l'animation occidentales restent toujours seules en général. Et en occident, notamment dans les Disney, on a toujours ce rapport où la femme "demande" à l'homme de lui laisser une place.

Ce sont des aspects propres aux sociétés patriarcales. Mais les choses sont très différentes dans la société martiniquaise. Si les hommes occupent une place importante, tout ne tourne pas autour d'eux, les femmes n'ont généralement pas besoin de leur opinion quant à leur place dans la société. D'autres sources d'inspirations ont été l'univers du jeu vidéo et la culture des « gamers ».

Combien de temps avez-vous mis pour réaliser Battledream Chronicle ?

Battledream Chronicle a été réalisé en 7 ans. En 2007, j'ai commencé le film de convaincre des financeurs. Mais de fil en aiguille, et de refus en refus, je me suis trouvé à créer tant de contenu que j'ai continué le processus afin d'obtenir le film complet. En deux ans, j'avais terminé 50 minutes de film. Mais la technologie n'est pas ce qu'il y a de plus fiable et c'est ainsi que mes disques durs, ceux sur lesquels se trouvaient le film, m'ont lâché. J'ai donc perdu la totalité du film. Le disque de backup est mort 3 heures après. J'ai pu récupérer 10% du travail accompli. Après quelques mois de break, j'ai finalement décidé de repartir sur le projet. Comme je travaillais à mi-temps, cela m'a pris 5 ans pour terminer cette nouvelle version en 2014.

Quelles ont été les différentes phases de création ?

Pour créer un film, je commence généralement par le visualiser dans mon esprit. Je me vois dans un cinéma regardant le film final. Et cette version que je vois, je la matérialise sous la forme d'un scénario de 80 à 100 pages. A partir du scénario, je crée un storyboard sommaire afin de matérialiser le film sous une forme visuelle proche du résultat final. Le storyboard de Battledream Chronicle, c'est 1800 dessins à créer pour 1800 plans. 

Ensuite, on assemble chaque dessin avec de la musique et des voix temporaires dans un logiciel de montage afin d'obtenir la première maquette du film, appelée également « l'animatique ». Elle servira de base pour ensuite créer chaque plan. On va alors passer à la phase de design des personnages, décors et accessoires qui vont ensuite être reproduits en 3D dans un logiciel de création et d'animation 3D.

A l'origine, tous les personnages, décors et accessoires sont de couleur grise. On va alors coloriser chaque objet, personnage et décor afin que cela soit le plus proche du résultat final désiré. Une fois les personnages créés, vient l'étape du rigging, qui consiste à introduire un squelette virtuel dans chaque personnage afin de lui permettre de bouger.

Puis, vient la phase du layout où on positionne tous les objets, décors et accessoires dans une sorte de plateau de tournage virtuel. Ce plateau dispose également de caméras virtuelles et de lumières virtuelles, qui sont des reproductions identiques de vrais plateaux de tournage. Une fois le tout positionné, on fait bouger les personnages grâce à leur squelette virtuel et on déplace la caméra si nécessaire.

On anime ensuite les éléments atmosphériques tels que la poussière, la neige, la pluie, le pollen, etc. Une seconde de film correspond à 24 images qui se suivent à très grande vitesse. L'animation se travaille en intervenant sur chacune de ces images afin de produire le résultat le plus satisfaisant possible.

Une fois tout ce travail terminé, on calcule les images finales. C'est un processus qui prend beaucoup de temps et qui se nomme le rendu. Une image peut prendre une à deux minutes de rendu. Si on multiplie cela par 24, on a seulement une seconde de film. Une minute de film correspond à 1440 images, soient 24 à 48 heures de calcul pour une machine. 

C'est un processus très fastidieux. Au terme de ce processus, on obtient une séquence avec les personnages seuls, une autre avec le décor seul, une autre avec les effets seuls, etc. Pour obtenir le plan final, on assemble toutes les séquences dans un logiciel de compositing. C'est vraiment ici qu'on voit le résultat final du plan. Puis on prend chaque plan pour les remplacer dans le montage.

Après le montage vidéo vient la longue étape du montage sonore où on va introduire tous les sons nécessaires. Puis, la musique va être créée et apposée au film. Puis vient le mixage son, où on va corriger et spatialiser toute la bande son. Enfin, c’est en assemblant la bande son et la bande image que le film est enfin terminé.

Avez-vous parfois douté pendant que vous réalisiez votre film ? Quelles ont été vos motivations ?

Quand j'ai perdu mes disques durs, j'ai été obligé d’arrêter quelque mois pour décider si je recommençais tout ou si j'abandonnais. Ça a été le plus gros moment de doute. Avant Battledream Chronicle, personne en France n'avait réalisé de long métrage d'animation en solo. 

Aucun long métrage d'animation n'avait jamais été créé dans les Outre-mer par des Ultramarins. Aucun manga, aucun animé, aucun film d'animation n’avait jamais parlé de la Martinique. Donc il y a eu beaucoup de doutes sur le fait de savoir si c'était possible, si j'y arriverais, et si la représentation que je ferais de ma culture serait suffisamment positive pour que les ressortissants de ma propre culture apprécient cette nouvelle vision d'eux dans le paysage cinématographique.

Ça a été un pari. Et au final, le pari a été gagnant. Mes motivations pour faire ce film ont été diverses. Mais au départ, il y a déjà un amour inconditionnel de la forme animée pour raconter des histoires profondes qui touchent. J'ai grandi avec l'animation japonaise et le Club Dorothée et très tôt, j'ai su que l'animation n'était pas que pour les enfants et qu'elle pouvait toucher profondément les âmes, quelque fois encore plus que le cinéma en prises de vues réelles. 

J'ai aussi voulu voir ma culture et mon pays dans le cinéma d'animation. J'ai vite compris que personne ne le ferait à notre place, il fallait que je le fasse moi-même. Je voulais également montrer aux jeunes que les esclaves en Martinique ont arraché leur liberté par des luttes et des guerres. Je voulais leur montrer qu'il ne s'agit nullement d'un peuple servile qui a gentiment attendu qu'on vienne leur annoncer leur libération.

Le but était qu'ils voient notre histoire sous un autre angle, et qu'ils se voient eux aussi sous un autre angle. J'ai envie qu'un enfant martiniquais sache que rien ne lui est impossible et que s'il veut être astronaute un jour par exemple, il peut y arriver s'il se bat avec acharnement.

Quelle est votre plus grande fierté concernant Battledream Chronicle ?

Ma plus grande fierté c'est que le film ait plu au plus grand nombre aussi bien en Martinique, que dans la Caraïbe et le monde. Il n'y a quasiment pas eu de mauvaises critiques ou de déceptions. Le film a beaucoup touché en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane. Mais aussi à Trinidad, à Aruba et en Jamaïque.

J'étais également loin de penser que les USA, le Canada, le Brésil, Israël, la Grande-Bretagne, la Chine, la Corée du Sud, la Grèce et bien d'autres plébisciteraient autant le film. Il y a même eu des producteurs et des journalistes des USA, du Canada et d'ailleurs qui sont venus me rencontrer en Martinique pour découvrir l’île qui a inspiré le film. 

Ça m'a fait plaisir qu'à travers mon film, ils découvrent la culture de mon pays. Parce qu'au final, à travers cette réception internationale, c'est ma culture martiniquaise qui est appréciée dans toute son authenticité avec un grand respect et sans déguisement et quand on voit les difficultés autour de notre représentation dans la culture française,  rien ne pouvait me faire autant plaisir.

Travaillez-vous sur des nouveaux projets actuellement ?

Actuellement je viens de finir un court-métrage d'animation basé sur le confinement. Et je travaille depuis un an sur mon second long métrage d'animation, un conte de fées basé sur la culture martiniquaise et sur la langue créole. La production devrait s'achever avant la fin de 2020.


Entretien réalisé par La 1ère

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actualités | Communiqué de Presse | Forum | TV / SVOD | Nationale | TECHNOLOGIE | Tarifs annonceurs | Infos Com | Musique | Éssentiel 4G | Présidentielle 2017 | Presse | Radio | Divers | Évènements | Mentions légales | Info Megazap | Partenariat | Internationale | Culture











Offres d'emploi





Partager ce site




Facebook
Twitter
https://www.megazap.fr/_images/services_web2/set7/instagram.pngRss
YouTube Chanhttps://www.megazap.fr/_images/services_web2/set7/instagram.pngnel
Instagram