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Cour des Comptes: "La gestion de France Télévisions manque de rigueur et n'est pas assez réformée pour faire face à la révolution numérique"



© France Télévisions
© France Télévisions
France Télévisions, société détenue à 100 % par l'État, est un groupe qui rassemble cinq chaînes nationales, 24 antennes régionales, neuf stations de télévision et de radio outre-mer, ainsi que plusieurs filiales. Elle comptait 9 932 emplois à temps plein fin 2015 (hors filiales), dont 86 % d'emplois permanents. Les fonds d'origine publique (2,5 Md€ en 2015) représentent près de 80 % de ses ressources.

Après avoir procédé au contrôle des exercices 2009 à 2015, la Cour constate que la gestion
de France Télévisions manque de rigueur et que l'entreprise ne s'est pas assez réformée
pour faire face à la révolution numérique qui modifie profondément l'environnement dans lequel elle évolue, ses métiers et les usages des téléspectateurs.

France Télévisions est le premier groupe audiovisuel français. Marquée par une insuffisante différenciation éditoriale de ses chaînes, la stratégie de bouquet qu'elle a développée n'a pas empêché une perte d'audience globale entre 2008 et 2015, plus sensible que celle du groupe TF1.

La création de l'entreprise unique en mars 2009 n'a pas conduit France Télévisions à tirer pleinement profit des synergies attendues de la fusion. La place des chaînes dans l'organisation interne n'est pas encore stabilisée, tandis que les fonctions support demeurent en sureffectifs. Le pilotage stratégique et le cadrage financier de l'entreprise par l'État se sont avérés fluctuants. Au regard de la dégradation inquiétante de sa situation financière, la maîtrise des dépenses est impérative.

Par ailleurs, la révolution numérique modifie significativement les conditions de production et de diffusion des programmes télévisuels. Au regard de cet enjeu, France Télévisions accuse un retard qu'elle a commencé de combler, tout en peinant à dégager les marges de manœuvre financières pour investir davantage dans ce domaine crucial pour son avenir.

Pour homogénéiser ses modes de fonctionnement, l'entreprise a engagé deux grands chantiers en matière de ressources humaines et d'informatique qui ont été source de coûts importants et restent inachevés.

France Télévisions n'a pas été en mesure de réduire significativement ses effectifs permanents et le recours à l'emploi non permanent n'est pas assez maîtrisé. Le temps de travail, dont l'organisation reste insuffisamment efficiente, est soumis à un faible contrôle de l'entreprise.

L'accord collectif conclu en mai 2013 a augmenté substantiellement la masse salariale, sans traiter pour autant la question de la polyvalence des salariés, ce qui compromet la capacité de transformation de l'entreprise.

Dans le domaine des systèmes d'information, les retards pris ont été préjudiciables à l'unification des procédures de gestion. De même, le contrôle de la Cour fait apparaître les insuffisances des instruments budgétaires et comptables, ainsi que du contrôle et de l'audit internes. S'agissant plus spécifiquement 
des achats (hors programmes) de l'entreprise, la Cour relève une situation critique, caractérisée par des procédures de contrôles insuffisantes, qui doit être corrigée rapidement.

France Télévisions achète auprès de sociétés de production privées les programmes qui alimentent sa grille en émissions dites « de flux » (magazines, divertissements, jeux) et en œuvres dites « patrimoniales » (fictions, documentaires, films, animations, captations de spectacles vivants). Ces achats représentaient 912 M€ en 2015.

Le développement de droits sur les programmes patrimoniaux financés par France Télévisions est un enjeu vital pour le modèle économique de l'entreprise, mais il dépend de la capacité de l'État à faire évoluer la réglementation. Les modalités d'achats de programmes doivent encore être améliorées afin de garantir des décisions plus collégiales et transparentes, et de respecter des règles strictes de déontologie en vue de mettre fin à certaines pratiques critiquables.

La réforme de la « filière de production » passe notamment par une réorganisation de ses implantations. Par ailleurs, France Télévisions doit renforcer son activité de distribution et de valorisation des programmes dont elle détient les droits.

Le secteur stratégique de l'information, qui employait plus de 2 700 journalistes en 2015, est resté à l'écart des efforts de productivité attendus de la constitution de l'entreprise unique. Les effectifs et les coûts de grille sont en augmentation continue, pour des résultats contrastés en termes d'audiences.
Évoqué dès 2010, présenté en 2012, le projet de constituer une rédaction nationale unique est très loin d'être achevé.

La chaîne d'information continue « franceinfo: » représente pour France Télévisions l'opportunité de créer une nouvelle dynamique dans ce domaine, même s'il reste des obstacles à lever en interne pour en maîtriser les coûts ; à cet effet, son coût réel et complet, et pas seulement un éventuel « surcoût », devrait être rapidement évalué et publié.
 
Le réseau régional de France 3, très dense, apparaît coûteux au regard des deux à trois heures quotidiennes de décrochages régionaux qu'il produit ; une nouvelle stratégie doit être élaborée pour garantir son avenir et en réduire le coût. De plus, il serait normal que le réseau de France 3 s'adapte à la nouvelle carte des régions.

Un rapprochement entre le réseau France Bleu de Radio France et le réseau régional de France 3 pourrait s'opérer sur le modèle du réseau des « Outre-Mer 1ère ». Ce dernier, qui constitue une expérience réussie, associe radio, télévision et numérique, sous l'égide d'une stratégie claire et partagée. Pour autant, des efforts restent à mener pour contenir ses charges croissantes et mieux intégrer les stations ultramarines dans l'entreprise unique.
 
Les défis stratégiques que France Télévisions doit relever pour garantir la pérennité du service public de l'audiovisuel sont bien identifiés : le chantier de l'entreprise unique, qui est encore inabouti ; la révolution numérique, qui remet en cause de nombreux aspects du fonctionnement de l'entreprise ; son modèle économique, qui doit être revu ; enfin, ses missions de service public, qui font l'objet d'une définition hésitante.

Pour être en mesure de poursuivre son développement, France Télévisions doit améliorer la performance et la rigueur de sa gestion, maîtriser ses charges et dégager des marges de manœuvre financière par des gains significatifs de productivité. Elle doit accélérer ses réformes, et notamment assurer l'intégration du numérique dans l'ensemble de l'entreprise.

En outre, les déséquilibres financiers de la fin de période témoignent de la nécessité pour l'État de faire évoluer le modèle économique de France Télévisions et de consolider la trajectoire de ses recettes (redevance, publicité et valorisation des droits sur les contenus).
En définitive, il s'agit de garantir la capacité du service public de l'audiovisuel à affirmer son identité dans l'univers toujours plus concurrentiel des médias et du numérique.
 
La Cour formule 23 recommandations visant à renforcer la gouvernance et assurer l'équilibre financier de l'entreprise, améliorer sa gestion interne, renforcer l'encadrement réglementaire et rendre plus transparentes les procédures d'achat des programmes, conduire les réformes longtemps repoussées de l'information et rationaliser le périmètre des réseaux régionaux.
 

Lundi 24 Octobre 2016 - 10:22

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